Le 2 avril après une navigation bien agréable, poussé par un vent soutenu, après avoir slalomé de longs milles dans un chenal balisé entre les cayos, nous abordons la Baia de Casilda. La petite marina de Casilda se trouve nichée dans la mangrove côté Sud de la baie et n’est accessibles qu’aux faibles tirants d’eau, nous devons relever dérive et safran pour y accéder par un étroit chenal. Nous nous amarrons à un ponton flottant avec catway, autre étrangeté locale, vu la vétusté des marinas ici. Les autorités sont prévenues mais doivent venir du village, nous les attendons à bord une bonne demi-heure. Cette marina a la réputation d’être infestée de rats, aussi manifestons nous la volonté d’aller nous mettre au mouillage, mais le marineros nous assure que ce n’est pas le cas. Nous passons tout de même la première nuit à guetter des éventuels trottinements sur le pont, mais sommes rassurés, pas de visite de quelque rongeur que ce soit.




La marina est située au bout d’un isthme dont la rive Ouest forme une très belle et longue plage où se sont implantés des hôtels. Le site est très touristique et nous en profitons. L’Hôtel Ancon le plus proche a dû avoir ses heures de gloire mais manque de beaucoup d’entretien. On comprend pourquoi quand on voit la taille de l’établissement et qu’on le compare à sa fréquentation extrêmement faible. Quelques malheureux touristes essentiellement canadiens. Nous dinons le soir pour 25 $ par personnes au restaurant de l’hôtel, une cuisine correcte mais tout juste digne d’une cantine. Le tarif nous donne droit au spectacle local. Nous nous rendons donc aux installations voisines, un bar proche de la piscine où commence à s’installer un orchestre en plein air devant une dizaine de spectateurs. Nous sirotons un rhum offert. Malheureusement des coupures d’électricité, puis l’orage qui arrive, ont raison de la soirée. Tout est annulé ! Dommage !




Le lendemain nous profitons du car qui fait le ramassage des touristes des hôtels et les conduit à la ville historique de Trinidad, située à une quinzaine de kilomètres de là. Nous avions déjà visité cette ville en 2018. Nous sommes surpris par la très faible fréquentation touristique du site et par la pauvreté ambiante. Nous sommes fréquemment abordés dans la rue par des femmes ou des hommes âgés qui mendient soit de l’argent, soit du savon ou des produits de toilette… Certes la ville était déjà pauvre en dehors de sa richesse culturelle et historique, mais nous n’avions pas été sollicité par la mendicité lors de notre visite précédente. Nous déambulons dans les rues pavées de plus en plus défoncées et admirons les habitations anciennes de style hispanique, contournons la Plaza Major, visitons le Palacio Cantero, grimpons à sa petite tour pour observer la ville du haut. Nous déjeunons dans un restaurant typique de la bonne cuisine locale où nous sommes les seuls à table, et retournons reprendre notre bus.






La contrainte de l’horaire du bus ne nous ayant pas permis de faire un peu de ravitaillement, nous nous adressons au personnel de la marina. Un des Securitas nous propose de nous faire nos emplettes et repart après grand renfort de gesticulation (car il ne parle ni anglais, ni français) avec notre liste de courses. Il nous livrera le tout : du pain si difficile à trouver ; des fruits et légumes ; et plein d‘autres choses, notamment un gros bocal d’olives et un paquet énorme de crevettes surgelées. Nous payons en dollars. Il doit avoir un filon pour piocher dans les réserves de l’hôtel ? Marché noir ?
Le 4 avril, journée de farniente, nous profitons des installations touristiques : baignade, transat à l’ombre des parasols en feuilles de palmier, mojitos et déjeuner sur la plage au Coco Bar.


Le lendemain nous avions prévu de partir assez tôt pour parcourir les quelques 40 milles qui nous séparent de Cienfuegos, mais nous devons attendre 10 heures passées que le gars de la Guarda se déplace pour nous délivrer notre despacho. La responsable de la marina l’avait convoqué à 8 heures. Les joies des contraintes administratives de Cuba !
Encore une belle navigation qui nous permet de gagner Cienfuegos en remontant l’étroit chenal qui débouche sur la très large baie au Nord de laquelle se trouve cette belle ville.

Nous sommes accueillis par le personnel de la marina, très aimable, aux petits soins et tous les officiels sont présents. Nous avons droit à l’officier d’immigration et à une douanière qui nous posent plein de questions indiscrètes et enfin au marin, de garde ce soir-là à la marina, qui nous explique le fonctionnement et tous les services qu’ils peuvent nous rendre. Il y a du monde sur place 24h sur 24. Nous avons eu notre dose d’officiels aujourd’hui !
Nous avions passé assez longtemps à Cienfuegos lors de notre première visite en 2018, et avions beaucoup apprécié cette jolie ville vivante et gaie. La retrouver après 7 ans nous permet de mieux analyser les changements de vie à Cuba que nous ressentons depuis notre arrivée. La crise économique s’est fortement accentuée depuis les suites du Covid et l’accentuation de l’embargo américain après les années Obama ; à cela s’est ajouté le passage d’un ou deux cyclones particulièrement violents ces dernières années. La pauvreté a fortement augmenté, en témoigne les fortes sollicitations que les rares touristes subissent. Le tourisme lui-même, assez actif il y a 7 ans, est au plus mal : de rares bateaux dans les marinas, des hôtels laissés à l’abandon ou complètement vides… Il y a toujours une économie à deux vitesses : l’une axée vers le tourisme où les intervenants ne vivent pas trop mal, des petites superettes offrent quelques produits que l’on ne peut payer qu’en devises ou par carte bancaire (encore fait-il en avoir une) ; sinon pour les autres c’est le système D, le troc ou le marché noir. Ils ne meurent pas de faim ou pas trop car il y a des jardins potagers partout, mais des produits de première nécessité comme l’huile de cuisine, la farine ou le paracétamol manquent, ainsi que les produits cosmétiques : savon dentifrice, ou produits pédiatriques… Comme les touristes se font rares, les orchestres en pleine rue ne se voient plus, ni dans les hôtels où le soir nous allions prendre un verre en écoutant de la musique. L’atmosphère n’a plus cette légèreté qu’elle avait, même si les cubains sont toujours aussi souriants et gentils.
La vie pratique à Cuba a néanmoins évolué. La monnaie « touristique » le CUC (Cubain convertible pesos) que l’on pouvait retirer à des distributeurs avec une CB étrangère, a disparu. On doit changer des devises (Euros ou Dollars US) en CUP (Cubain pesos) pour pouvoir payer dans certains restaurants ou bars (beaucoup acceptent les devises), au marché et dans les petites épiceries qui vendent quelques boissons, de l’eau minérale, du riz, quelques biscuits, parfois du pain. Le change se fait dans les hôtels, certains restaurants, pour nous auprès des employés de la marina au taux de 300 à 350 CUP pour 1 €, alors que dans les banques le taux de change est de 120 pour 1 €. Ce change en dehors des banques est bien évidement interdit par la loi, et attention aux faux billets ! Il y a 7 ans nous n’avions pas accès au réseau téléphonique. Il fallait acheter des unités et profiter de zones Wi-Fi en ville ou dans les hôtels pour communiquer. Maintenant, même les plus pauvres ont un téléphone portable et cela fonctionne avec une carte SIM cubaine. Les réseaux sont néanmoins pas mal surveillés et certains sont bannis. Les américains ne peuvent pas utiliser leur CB.
La vie à Cienfuegos parait néanmoins plus facile que dans l’Est de l’île ou à Trinidad. En témoignent de riches habitations dans le quartier « la Punta » où se trouve la marina et la profusion de taxis tripoteurs qui font office de transports aussi bien pour les quelques touristes que pour les habitants les plus aisés.





Nous avons pu comparer ainsi les tarifs locaux (400 CUP) et les tarifs des touristes (jusqu’à 2000 CUP) pour aller au centre-ville. Se ravitailler est un travail à plein temps auquel s’adonnent les cubains le matin. La ville est très animée et on repère les endroits où il y a quelque chose à vendre en voyant un attroupement, encore faut-il se trouver dans le bon quartier. On trouvera du pain ou des œufs à un endroit, un bout de fromage (genre de gouda vendu au mètre) ou du cervelas ou un genre de saucisse dans une autre boutique et des fruits et légumes le plus souvent dans la rue à un marchand ambulant. Nous n’avons pas encore trouvé comment nous procurer du poisson ou de la viande !



Nous profitons un peu de la douceur de vivre à Cienfuegos. De nombreux aller-retour en ville pour se ravitailler, aller boire un verre sur la Plaza José Marti au café Teatro Terry près du théâtre, visiter le théâtre, les belles maisons historiques comme le Palacio Ferrer.





Nous fréquentons la zone récréative de la Punta où on peut boire les meilleurs cocktails du coin, manger des langoustes au restaurant les pieds quasiment dans l’eau… Nous trouvons même un restaurant en ville avec un orchestre et un peu de musique cubaine. Nous visitons Le Palacio de Valle proche de la marina et buvons une bière en écoutant un Cubain nous chanter des chansons locales en s’accompagnant à la guitare.











Et le temps passe, et Daniel nous quitte le 10 avril. Il prend le bus le matin tôt pour rejoindre La Havane d’où il reprend l’avion pour Paris. Merci pour ton agréable compagnie et de ton aide.
Le 14 avril nous accueillerons nos amis suisses pour la dernière étape de notre voyage cette année…













