Cuba – Santiago et les Jardins de la Reine

La marina de Santiago est bien accueillante, le personnel et les officiels sont extrêmement courtois et gentils. Il y a un peu de trafic de plaisanciers, en moyenne 4 à 5 bateaux sur place et un bateau arrive et repart par jour. Les installations sont vétustes, l’eau parfois est coupée et revient quelques heures plus tard, les quais sont en très mauvais état. Le cadre du mouillage est joli si ce n’est la grosse usine de production d’électricité qui rejette dans l’atmosphère des fumées noires, qui selon le vent nous amène des odeurs pas du tout agréables.

Le samedi 22 mars, jour de notre arrivée, après la séance des formalités et un solide petit déjeuner, nous nous mettons en quête d’une carte SIM pour communiquer, de changer nos euros et d’un moyen de faire nos lessives. La jeune femme qui gère la marina ne baragouine pas trop mal le français et je pense l’entendre prononcer le prénom de Pedro ; et comme sur les forums de navigateurs il est cité comme étant l’homme providentiel de la marina de Santiago, je me mets en quête d’un Pedro. Je tombe sur la femme de ménage de la marina qui m’explique que Pedro était son mari et qu’il est décédé récemment d’un cancer. Oups ! Rosa me propose de se charger des lessives et appelle son fils pour qu’il nous débrouille nos autres besoins. Moyennant beaucoup de patience nous arrivons au cours de la journée à changer nos Euros en cuban pesos, à acheter deux cartes SIM avec 13 Go chacune de données et à réserver un taxi pour aller à Santiago distante d’un dizaine de kilomètres, le lendemain. Nous nous installons au mouillage, les tarifs de la marina sont bien trop exagérés, et le bar accueillant de l’hôtel voisin où se divertissent les cubains ce weekend devient le point de ralliement. Et Pachito, croyant malgré nos démentis que nous sommes des amis de son père, nous invite à cuisiner pour nous le diner du le lendemain soir chez lui. Comment refuser devant son insistance ?

Le dimanche matin, nous nous entassons tous les trois à l’arrière d’un véhicule à la mode cubaine, un genre de Fiat de années 70, rembourrée avec des noyaux de pêches, conduite par un jeune cubain. Il nous dépose après un quart d’heure au centre de Santiago, au pied de la place centrale : le Parque Céspedes, entouré de bâtiments historiques et de la belle cathédrale. Nous sommes abordés par une femme d’âge mûr, Maria qui avec un français plutôt moyen et grand renfort de démonstrations amicales, nous embobine, nous traine au marché où nous nous approvisionnons en fruits et légumes frais, nous fait visiter la ville au pas de course. Nous déjeunons avec elle dans un restaurant typique qui sert de la langouste entre autres, dans un cadre bien sympathique.

Santiago est une ville animée, où les bâtiments publics joliment décorés et entretenus, jouxtent d’autres plus vétustes. C’est la seconde ville du pays berceau de la révolution. Le style est typiquement cubain de forte inspiration hispanique. Dès qu’on s’éloigne du centre, c’est plutôt la misère ! Nous déambulons dans la rue principale piétonne qui semble bordée de magasins, qui n’ont pas grand-chose à vendre. Nous retrouvons notre chauffeur en début d’après-midi, qui nous ramène à la marina et nous demande 40 euros pour l’aller-retour… Nous dirons à Pachito (l’entremetteur qui seul parle un peu anglais) d’avoir l’impression de nous être faits arnaquer et aurons droit au couplet que la vie est dure, que tout est cher… Mais bon ils en profitent aussi.

Le repas du soir est un peu surréaliste. Rosa, Pachito et Elia sa compagne nous accueillent dans leur maison proche de la marina. C’est une cabane en bois assez misérable. Nous sommes invités à entrer dans la première pièce séparée du reste de la maison par un rideau. D’un côté le coin cuisine avec un réchaud et une petite table ; de l’autre un lit dans un recoin, une télévision plutôt moderne et quatre fauteuils et chaises dépareillées. En fait de cuisine, Rosa a préparé un plat impressionnant de crudités, des bananes plantains frites (un délice !) et Pachito va chercher des plats au restaurant de l’hôtel voisin. Nous mangeons tous les trois, bientôt rejoint par John, un américain du mouillage, invité également. Nos hôtes ne se mêlent pas à nous malgré nos protestations, prétendant qu’il n’y a pas assez de place à table…. Ce qui n’est pas faux, mais cela nous gêne un peu ! Nous les quittons après moult remerciements n’ayant pas pu manger tous ce qu’ils nous avaient préparé. Je troque les lessives auprès de Rosa contre des vêtements, un produit à douche, quelques crayons, un tube de dentifrice…


Le lendemain, Maria nous rejoint à la marina car je lui avais promis de lui donner quelques bricoles. Elle prétend avoir une voiture et nous propose de nous emmener quand nous disons avoir besoin d’eau minérale. Là, les hommes déclarant forfait, me voilà embarquée toute seule pour la quête de l’eau. Après avoir marché 2 kilomètres pour retrouver la prétendue voiture de Maria, elle m’avoue qu’elle n’en a pas et qu’un ami va venir nous chercher. Une demi-heure plus tard le gars arrive enfin au volant d’une grosse américaine des années 60, délabrée, et nous ramène au centre de Santiago. Et là je dois contredire Maria qui s’attendait à faire encore du tourisme avec moi et se faire encore inviter à déjeuner. On trouve de l’eau et on repart ! Et là commence une course effrénée dans les rues de Santiago, d’une épicerie à l’autre, avec une Maria énervée qui s’embrouille avec le premier vendeur (je ne saurai jamais pourquoi !) et me traîne à un second magasin, où on peut enfin acheter de l’eau et des barquettes de crème glacée pour son déjeuner. Notre chauffeur nous ramène à la marina et dans la voiture, et pendant que Maria s’empiffre de crème glacée, nous négocions leurs prestations. J’ai un mal de chien à m’en débarrasser en arrivant à la marina car elle prétend encore passer la journée avec et nous apitoyer encore un peu sur le sort des pauvres cubains, qui certes n’est pas facile ; mais bon ça va un peu, mais pas trop, d’être prise pour la poule aux œufs d’or !


Le mardi 25 mars après avoir obtenu notre despacho (permis de circuler dans les eaux cubaines à présenter aux autorités dans chaque port) et fait laborieusement le plein d’eau au filet du robinet au ponton de la marina, nous commençons notre croisière vers l’Ouest le long de la côte Sud-Est de Cuba.

Nous longeons les belles montagnes de la Sierra Maestra qui culmine à près de 2000 mètres. En fin de matinée un agréable petit vent thermique se lève enfin, nous permettant de faire de la voile. Nous arrivons à Chivirico vers 15 heures. C’est un joli mouillage avec une entrée assez étroite au milieu des récifs coralliens. On mouille dans une anse bien protégée entouré de maisons de pêcheurs. Le soir nous observons le manège des pêcheurs qui lancent leurs filets et en posent un en plein milieu de la passe…. Espérons qu’il sera levé demain matin ! L’éclairage du coucher du soleil amène de très belles couleurs sur le site. Ne débarquant pas, ne voyant pas les autorités débarquer, nous faisons l’impasse de l’exercice d’écritures formelles !

Le lendemain matin tôt nous reprenons la mer pour une escale de 45 milles jusqu’à Marea del Portillo. Le vent se fait un peu attendre et nous faisons pas mal de moteur. La côte est toujours aussi belle.

Vers 17 heures nous arrivons dans une belle étendue d’eau protégée par une barrière de corail recouverte de mangrove. Le site semble complètement sauvage si ce n’est quelques cabanes et barques de pêche au fond de la baie. Après un bain pour nous rafraîchir nous partons saluer l’autre bateau présent au mouillage, français de plus. Un couple nous met au courant des habitudes locales : troc de légumes à profusion contre vêtements, savon, dentifrice… La Guarda est présente ici, avec des petits moyens car ils n’ont pas de barque pour venir nous voir. Nous décidons que ça attendra demain ! Nous resterons sur place demain pour laisser passer un coup de vent sur le Cabo del Este notre prochaine destination. Le coucher de soleil sur les montagnes nous émerveille une fois de plus.

Le lendemain de bonne heure nous débarquons au petit village de pêcheur et sommes accueillis par Paula et quelques hommes désœuvrés. Elle nous informe avoir appelé le représentant de la Guarda et qu’il arrive d’ici 30 minutes. Elle commence aussitôt ses tractations de troc qui semble être un des moyens de subsistance du coin. Elle nous propose des œufs que nous troquons contre un peu d‘huile de cuisine, des légumes contre des vêtements et diverses bricoles. Nous arrivons même à acheter de l’eau minérale en dollars à un prix exorbitant. En attendant nous visitons le village un peu en arrière du rivage. Des habitations pauvres, une végétation luxuriante sont disposés autours de rues complétement défoncées. Sur la rue principale il y a une peu d‘activité, notamment car le bus vient de passer. On se croirait au far-West. Un tout jeune homme en uniforme nous aborde et se présente comme le représentant de la Guarda. Nous retournons vers le rivage, et là commence la séance d’écriture avec l’aide de Paula qui baragouine un peu d’anglais. Il garde notre despacho et nous donne rendez-vous demain matin pour nous le rendre avant notre départ. Après cette activité débordante du matin nous passons un après-midi tranquille à nager, pêcher pour Daniel qui n’a toujours pas attrapé un poisson.

Le lendemain vers 9 heures, Paula conduit le garde en barque au bateau et nous remet notre précieux despacho. Nous pouvons lever l’ancre vers l’Ouest. Assez rapidement un bon petit vent se lève et nous arrivons assez vite dans l’après-midi en face de Cabo del Este. La météo annonce pour cette nuit et demain un bon vent favorable et ensuite trois jours de calme plat. Comme nous en avons un peu assez du moteur et que le niveau de gasoil commence à baisser, nous décidons d‘en profiter. Nous envoyons quelques messages aux proches car nous allons être hors réseau plusieurs jours et mettons le cap vers le mouillage de Cayo Anclitas où nous devrions arriver au lever du jour demain matin. Nous naviguons à l’extérieur de l’archipel des cayos avec un vent de travers ; les rafales atteignent parfois 20-25 nœuds ; nous prenons deux ris et enroulons bien le génois afin d’être plus confortable. La nuit, malgré la voilure réduite, nous avançons bien, je dois enrouler le génois lors du dernier quart pour nous ralentir un peu afin d’arriver de jours au milieu des cayos. Le mouillage visé nous parait un peu exposé aussi nous empruntons la passe de Caballonès qui nous conduit à l’intérieur de l’archipel des Jardins de la Reine et gagnons 18 milles plus loin Cayo Cuervo. Une série de cayes disposées en arc de cercle ferment un large mouillage protégé de tous bords. Nous mouillons au milieu de la mangrove dans cet endroit paradisiaque.

Nous passons la journée à nager et nous reposer de notre nuit en mer. Le lendemain nous partons explorer la petite plage voisine qui forme un isthme à l’entrée du cayo et se prolonge par une large zone de hauts fonds où la mer est un camaïeu de bleus turquoises. Le snorkeling se révèle décevant : pas de poisson, pas de beaux fonds, pas de langouste ! Il faudra aller nager près de l’épave d’un bateau de pêche pour voir quelques poissons. Et les pêcheurs qui s’abritent ici n’ont même pas fait la démarche de venir troquer des langoustes !

Le 31 mars nous levons l’ancre pour avancer au moteur de quelques 25 milles pour gagner un autre cayo vers l’Ouest. Nous nous dirigeons vers Cayo Cinco Balas. Les cartes montrent un passage étroit non balise profond de 3 mètres qui nous permettrait de rejoindre Cayo Breton voisin. Nous nous y engageons et nous retrouvons assez vite échoués par moins d’un mètre d’eau. Nous devons relever dérive et safran à fond pour nous dégager (vive les dériveurs !) Nous renonçons et allons mouiller au Sud de Cayo Cinco Balas abrité au Nord et à l’Est par la mangrove et au Sud assez loin par une barrière corail. Le site est isolé au milieu de la mangrove et il n’y a pas grand-chose à y faire. La barrière de corail est loin pour la rejoindre en annexe. Le lendemain nous rejoignons Cayo Breton en évitant notre raccourci, mais en nous engageant dans une passe bien documentée, profonde elle de 6 à 8 mètres (il faut passer par des hauts fonds autour de 2 mètres à l’entrée et la sortie). Le mouillage ressemble au précédent et nous passons une autre journée à buller, nager, siroter un apéro en regardant de beaux couchers de soleil, en attendant que le vent revienne !

Le Jardins de la Reine, pour ce que nous en avons vu ne sont pas à la hauteur de leur réputation. Nous sommes un peu déçus. Nous espérions voir de beaux fonds, nous régaler en snorkeling, peut être voir des iguanes etc…. Nous n’avons probablement pas choisi les bonnes étapes, mais la météo en a décidé ainsi ! Nous avons une nouvelle fois apprécié notre dériveur, cela facilite bien les choses !
Nous repartons le 2 avril vers la civilisation, poussés par un bon vent…. A suivre