
Le 14 avril, arrivant de La Havane, embarquent Silvia et Jean-Marc. Un dernier repas de langouste à La Punta, derniers achats d’eau minérale et quelques fruits, dernière mise au point avec le très arrangeant agent d’immigration qui nous remet notre despacho le veille au soir, et nous pouvons larguer les amarres au lever du jour le 15 avril vers Cayo Largo
La route est longue environ 80 milles et le vent n’est pas si soutenu que cela, nous obligeant à faire quelques épisodes de moteur. Nous passons au large de jolis récifs coralliens et l’appel de la baignade étant trop fort, nous décidons de nous arrêter à l’abri de la houle de la mer des Caraïbes derrière Cayo Sal. Un magnifique mouillage face à une île désertique, où nous sommes seuls au monde et nous pouvons nous baigner dans une eau turquoise. Quel bonheur ! Mais de jolis mouillages comme cela ça se paye ! Et la nuit, le vent tourne au Nord-Est, se lève à environ 15 nœuds rendant le mouillage bien inconfortable. Nous reprenons donc notre route dès que le soleil se lève pour arriver à Cayo Largo vers midi.



Nous remontons le chenal pas bien profond jusqu’à la marina pour remettre notre despacho à la Guarda et retournons mouiller au calme vers la belle plage entourée de mangrove. Ce bel endroit touristique a bien changé en 7 ans. La fréquentation est très faible comme nous le confirme un couple québéquois habitués du coin avec lesquels nous discutons. Même les endroits touristiques sont très impactés par la crise locale. Au mouillage nous sommes trois bateaux, en 2018 nous étions au moins une douzaine !
Nous restons un peu plus de 24 heures à profiter de la belle plage de la Sirena, à nous baigner dans une eau transparente, à admirer la faune locale. Nous débarquons sur l’île aux Iguanes, allons visiter le site de l’association locale qui sauve les tortues marines en recueillant les œufs au moment de la ponte puis les élève pendant deux ou dix ans afin d’augmenter leurs chances de survie. Léonardo nous explique avec passion les processus et nous permet de donner à manger aux tortues. Un bon moment !










Le 17 avril en fin d’après-midi nous pouvons lever l’ancre en direction du Guatemala. Il aura fallu être encore patients pour que le garde nous délivre notre clearance de sortie de Cuba. Celui-ci n’est pas vraiment rapide !
Si la première nuit est calme, le vent se lève progressivement et dès le matin du 18 avril nous sommes poussés par un alizé bien soutenu de 20 à 25 nœuds. La mer se lève avec et nous bouscule pas mal. Silvia et Jean-Marc ressentent le mal de mer, mais ils le gèrent bien et malgré un peu d’inconfort, supportent finalement pas mal le traitement. Le 20 avril le vent ayant un peu tourné, nous sommes moins vent arrière et il faut prendre le second ris car le vent forcit encore un peu. Ce n’est vraiment pas confortable nous sommes ballotés de tous bords par de belles vagues. Nous tentons de prendre le troisième ris avant la nuit mais la poulie s’est vrillée et ça ne coulisse pas bien. Nous renonçons, affalons la grand-voile et terminons sous génois enroulé de presque moitié ! Nous approchons de la côte au matin, le vent tombe progressivement, nous finissons au moteur. Nous passons la barre de Livingston pour aller mouiller à l’embouchure du Rio Dulce vers 13 heures le 21 avril. La traversée n’a pas été si rapide que cela malgré ce bon vent ; nous avons eu un courant contraire pendant un partie du trajet. Nous sommes tous bien heureux de sortir de ce shaker.




Dès notre arrivée un bateau nous aborde avec à bord Raul et des officiels. C’est trop tard pour aujourd’hui pour faire les papiers d’entrée. Il reviendra demain matin. Nous gonflons l’annexe mais renonçons à débarquer, les alizées se sont relevés et le mouillage est assez exposé ; il se lève un bon clapot rendant les débarquements très humides. Nous sommes fatigués de notre traversée. L’après-midi se passe à dormir et s’arroser d’eau pour se rafraîchir. Nous essuyons un violent orage en soirée. Retour au pays des grains tropicaux !
Le lendemain matin ne voyant rien venir nous contactons Raul l’agent qui s’occupe des papiers des plaisanciers arrivant au Rio Dulce. Il finit par arriver vers 10 heures avec les officiels qui prennent nos passeports et les informations nécessaires ; et il nous donne rendez-vous d’ici une heure à son bureau pour récupérer nos papiers en règle. Nous profitons de ce délai pour aller découvrir Livingston.
Livingston est bâtie au bord de l’eau et le débarcadère pullule d’embarcations en tous genres, principalement des barques allongées avec de plus ou moins gros moteurs, servant à la pêche et au transport des autochtones d’une rive à l’autre du Rio. La rue principale est très animée ; elle est bordée d’échoppes de matériels en tout genre, de locaux de restauration, de petits magasins de souvenirs ou tissus, et de marchands de fruit et légumes… Outre cette animation et cette profusion de commerces, la population aussi nous change de Cuba. La majorité est d’origine Maya plus ou moins pure, mêlée aux hispaniques et un peu de personnes d’origine Caraïbe. Les femmes portent des vêtements traditionnels qui rendent l’ambiance très colorée. Nous remontons en ville jusqu’à la banque afin de retirer de la monnaie locale pour payer nos quelques achats de produits frais, et notre « cruising permit» pour les trois premiers mois. Après avoir un peu flâné nous regagnons notre bord, non sans être passés cher Raul chercher nos papiers.




Vers midi nous pouvons remonter l’ancre et entamer la remontée du Rio Dulce. Les premiers milles se font en s’enfonçant dans une rivière profonde mais assez peu large qui serpente au sein de la forêt tropicale dense. On entend de stridents cris d’oiseau ? d’insectes ? Au troisième méandre nous apprécions encore notre dériveur, nous étant fourvoyés sur le côté de la rive à longer. Le fond remonte brusquement et nous devons nous déséchouer en remontant dérive et safran.



Nous débouchons dans un large golfe, long d’un quinzaine milles : El Golfete. Nous le remontons en déployant le génois et arrivons après trois heures de navigation à Ram Marina où nous avons réservé un emplacement pour laisser Free Vikings pendant plusieurs mois cet été et l’automne prochains. C’est un vaste chantier naval fréquenté par de nombreux américains, avec des aires de stationnement couvertes ou non, à sec ou dans l’eau, sur gazon ou sur ciment et tout l’équipement d’un chantier naval : station de peinture et toutes les commodités. Nous nous amarrons pour quelques jours au quai face à la station à essence et au slip de mise à l’eau, afin de préparer Free Vikings à son stockage.
Nous apprécions de retrouver la civilisation avec de l’approvisionnement à foison, des restaurants et des bars… Nous négocions le lendemain un aller-retour en bateau taxi afin de rejoindre Rio Dulce. La ville se trouve au pied du pont qui traverse la rivière, sur l’autre rive. Cette ville agitée est située de part et d’autre d’une route très fréquentée, notamment par d’énorme poids lourds à l’américaine. Il n’y a pas de trottoir et il faut être prudent. De part et d’autre toutes sortes de magasins fournissent tout ce dont on peut avoir besoin. Nous trouvons facilement la station de bus Litegua qui fait la liaison avec Guatemala City à 300 km d’ici. Nous réservons nos places pour le retour, le bus qui nous a été conseillé part à minuit, le surlendemain jeudi pour Jean-Marc et Silvia et mardi prochain pour nous.







Nous profitons d’une dernière journée ensemble, balade en bateau sur la rivière, rangement de l’annexe et repas dans un très bon restaurant ou l’on peut se rendre en longeant la berge depuis Ram Marina, les langoustes, les jumbo crevettes et les Mojitos sont délicieux !




Nos amis nous quittent à 23h30 le 23 avril pour aller prendre leur bus, puis leur avion vers la Suisse via Madrid. Merci les amis pour votre compagnie toujours bien agréable !


De notre côté deux jours intenses nous attendent pour ranger les voiles, démonter tout ce qui risque de moisir sur le pont (forts de l’expérience d’une première saison estivale sous les tropiques), nettoyer à fond le bateau, faire des lessives, nous organiser avec Ricardo de la marina qui prendra soin du bateau en installant et surveillant un déshumidificateur…
Le dimanche matin 27 avril Free Vikings est sorti de l’eau installé sur le terre-plein en ciment.
Il nous reste à le bâcher et nous prendrons notre bus le 29 à minuit pour rejoindre Guatemala City, puis l’avion vers Paris via Miami, puis le train pour Vannes…
Suite de nos aventures l’an prochain, qui devrait commencer par une découverte du Guatemala par la terre…













