De Dakar au Carnaval de Mindelo

Le 4 février au matin Mustapha et François le grand-père de Coline nous amènent notre jeune équipière à bord. Après lui avoir fait les honneurs du bord, nous levons l’ancre et quittons Dakar. Nous devons faire quelques heures de moteur pour nous extraire de la côte africaine et trouver les alizées de Nord-Nord-Est qui vont nous accompagner tout au long de la traversée. Dès que le vent se lève, la mer aussi et, de concert, le mal de mer de Coline qui ne croyait pas y être sensible. Ce mal est vicieux ! C’est un vent parfois soutenu, qui nous oblige à prendre un ris et quelques tours de rouleau dans le génois ; parfois plus faible, qui nous fait à nouveau manœuvrer pour tout relâcher. Nous avons un vent de travers, allure où les voiles sont au maximum de leur efficacité et donc le bateau est plus sensible aux sautes de vent.

Nous avons une équipière très concentrée pour éviter que son malaise n’empire, qui somnole pendant deux-trois jours. Au quatrième jour, enfin elle émerge alors que nous sommes dans l’Archipel du Cap Vert et approchons de São Nicolau !

Afin de ne pas arriver de nuit à Mindelo, nous décidons de nous arrêter sur le côte Ouest de cette île devant une jolie plage de sable blanc et de belles concrétions de basalte sur la falaise. Nous pouvons passer une bonne nuit au calme après un bon bain de mer dans un eau transparente. Quel dommage, que la brume très épaisse de l’harmattan, enveloppe le paysage de cette gangue cotonneuse ! Les magnifiques falaises de São Nicolau sont moins nettes.

Nous arrivons le lendemain, jeudi 8 février, à Mindelo où nous sommes bien accueillis à la marina par des marins toujours très serviables. Nous pouvons enfin prendre un verre au bar flottant de la marina, nous en rêvions ! Il y a toujours une bonne ambiance à cet endroit, rendez-vous des navigateurs en escale. Peut-être faut-il le regretter, le bar flottant semble être devenu un endroit à la mode et est très fréquenté le soir. Nous parvenons tout de même à diner ce soir-là avec Coline et son ami qui nous a rejoint, pour notre dernière soirée ensemble.

Coline nous quitte le lendemain. Merci Coline pour ta charmante compagnie, dommage que ton mal de mer nous ait empêché de faire plus ample connaissance, les discussions que nous avons eues était très intéressantes et sympathiques. Nous te souhaitons bon vent pour tes projets, et espérons croiser à nouveau ta route.

La très animée ville de Mindelo est fidèle à notre souvenir, si ce n’est qu’elle nous semble plus moderne et encore plus touristique tout en gardant son authenticité. Les bâtiments sont colorés en centre-ville, certains avec un style typique. La ville est gaie : quelques belles artères, de petites rues, des placettes avec des terrasses, des bistrots et des magasins d’artisanat local. Il y a beaucoup d’agitation car la ville prépare le carnaval. Il ne faut pas manquer le petit musée Cesaria Evora installé dans sa modeste maison ; un petit moment « saudade » !

Parmi les nombreux gars qui proposent des excursions autour de l’île. Roberto nous fait une offre, qui ne nous paraît pas exagérée, pour aller nager avec les tortues à la plage de San Pedro. Nous partons avec lui en taxi jusqu’au petit village de pêcheur situé sur cette magnifique plage au Sud-Ouest de l’île.  A l’autre bout de la plage, plongeant dans des eaux bleu-marine, est perché le Phare de Dona Amélia accroché au flan de cette belle falaise aride. Nous grimpons dans une barque de pêcheur qui est poussée à l’eau par une dizaine de gars joignant leurs efforts. On nous conduit à une centaine de mètres de la rive où sont déjà en poste d’autres barques avec des touristes. Ils appâtent les tortues avec des poissons (elles ont l’air d’aimer cela autant que l’herbe). Et nous voilà dans l’eau à nager au milieu d’une petite dizaine de tortues plus ou moins grosses qui s’approchent à nous toucher. C’est assez impressionnant et tellement beau ! Nous faisons attention à nos doigts, des fois quelles les prennent pour de la viande ! Le jeune capverdien parlant très bien français, qui nous accompagne lors de cette baignade, nous explique que les fonds qu’ils récoltent en faisant ce type de tourisme, sont employés entre autres à protéger ces tortues, en éduquant les plus jeunes, en organisant des campagnes de nettoyage etc… Le village de San Pedro est fidèle à nos souvenirs capverdiens, des maisons plus ou moins finies plus ou moins peintes (plutôt moins que plus), avec un air d’Afrique, mais à la différence du Sénégal, c’est propre et il y a des bistrots !

Roberto est un bon commerçant, nous repartons le lendemain avec lui et son chauffeur dans un aluguer tout beau tout neuf pour un tour de l’île. Sur les hauteurs de Mindelo se trouve une ancienne fabrique de poudre complètement en ruine, première industrie qui employait de nombreux esclaves. Nous montons dans un décor de Far-West dans la réserve naturelle du Monte Verde à 750 mètres d’altitude d’où nous avons une vue à pratiquement 360° sur l’île. Y sont installés, un peu à la mode des Canaries, des capteurs d’humidités qui condensent l’humidité des nuages (seule source d’eau naturelle de l’archipel). Nous visitons quelques villages de pêcheurs et faisons un arrêt à la Baia des Gatas où nous nous étions baignés il y a 6 ans. Le ville fantôme d’alors est devenue une petite station balnéaire (à la mode capverdienne) avec des maisons bariolées autour de cette belle plage et de ces piscines naturelles. Encore un signe de l’expansion importante qu’a connu le cap vert en 6 ans. Nous avons réellement l’impression que la pauvreté a reculé, du moins à Sao Vincente. Un peu plus au Nord se trouve la grande plage de sable blanc de l’île coupées en plusieurs endroits par des coulées de lave noire. Nous déjeunons au restaurant du frère de notre chauffeur, dans le village de Calhau.  C’est un bon repas de poisson frais préparé exprès pour nous, que nous avons la mauvaise surprise de devoir payer, alors que Roberto nous avait vendu une formule « all included », il nous a bien eu ! Nous rentrons à Mindelo en traversant la vallée où se pratique l’agriculture, l’eau étant pompée dans le sol et amenée par des moulins éoliens sur de petits jardins potager.

Nous avons la chance de séjourner à Mindelo pendant la semaine du carnaval. Tous les jours nous assistons à des défilés au rythme des tambours de diverses associations, écoles, communautés, tous parés de beaux costumes colorés. Ces défilés sont un entrainement pour la grande parade qui va regrouper tout le monde le mardi gras. L’ambiance est festive, les gens se pressent le long des trottoirs pour admirer les prestations. La plupart sont eux-même déguisés, ils viennent en famille. Dans les rues sont installés des stands genre kermesse où l’on vend des bonbons, des beignets, des brochettes de poulet grillé… La grande parade du mardi gras remplit bien ses promesses : les groupes sont superbement déguisés, les chars colorés, c’est somptueux ; et le défilé interminable se poursuit pendant quatre heures. Je dois être un peu vieux jeux, j’ai juste regretté que la musique en soit pas plus variée. Du tam-tam avec quelques mélodies scandées… On est au Cap Vert quoi !  Ça aurait pu être un peu plus recherché ! Nous rentrons un peu avant la fin, lassés d’être comprimés contre la corde de sécurité où nous nous étions installés. Il y a un monde fou, un public très familial est contenu derrière les barrières de sécurité par un service de sécurité bien organisé !

Nous retrouvons les deux supermarchés proches de la marina où les candidats à la transat s’approvisionnent. Le choix s’est un peu amélioré par rapport à 6 ans auparavant : plus de produits frais, un rayon boucherie qui vend de la viande juste décongelée mais présentée à l’occidentale, toujours pas grand-chose au niveau laitages ou fromage ! Les deux marchés, le « couvert » au centre-ville et le « à ciel ouvert » un peu plus loin sur une grande place, où les capverdiennes vendent leurs produits sont très bien achalandés en fruits, légumes, œufs, herbes en tout genre. Plusieurs boulangeries vendent du pain capverdien : genre de pain de mie prenant diverses formes, mais ils ont tous le même gout. Nous pouvons remplir nos cales sans problème en vue de la prochaine traversée.

Nous larguons les amarres le 15 février vers la Barbade. Rendez-vous dans 15 à 20 jours…