Le 2 février nous quittons la jolie Marina de Rodney Bay à Sainte-Lucie en longeant de belles propriétés des riches anglais qui y ont une résidence secondaire. Propriétés qui contrastent, comme souvent dans ces îles, avec les habitats modestes des pêcheurs de la baie.
La traversée dans le canal de Sainte-Lucie est remuante mais agréable dans l’ensemble. Nous n’avons pas besoin de faire un près trop serré et Free Vikings avance bien avec son Solent et un ris dans la grand-voile. Nous nous présentons vers midi à la marina du Marin où nous avons réservé une bouée. Il nous faut attendre un demie heure avant que l’on nous place à cause de l’affluence. Apparemment nous nous en tirons bien. Nos copains Ecossais avaient attendu deux heures à leur arrivée de transat !



La marina du Marin, déjà très fréquentée en 2019, bat des records d’affluence. Entre les voyageurs qui choisissent ce lieu bien équipé en accastillage, chantiers, magasins divers et variés, pour refaire le plein ou des réparations, et les très nombreuses sociétés de location qui n’ont jamais aussi bien marché ; le nombre de bateaux sur place semble avoir encore augmenté. C’est un peu fou ! Nous retrouvons avec plaisir cette marina cosmopolite, bien qu’avec un petit regret : le Kokoarum, notre bar préféré, ouvert jadis toute la journée, où trainait toute une bande de zonards locaux, n’est plus ouvert que pour les repas et c’est un peu l’usine. Endroit de charme perdu ! Nous retrouvons avec plaisir, notre ami Jean-Michel et sa compagne Françoise en Martinique pour l’hiver, qui viennent passer une soirée avec nous.


Après quelques courses de produits français et lessives, nous ne nous attardons pas dans ce lieu un peu trop agité pour nous, et larguons les amarres, deux jours après pour rejoindre l’anse à l’âne où Jean Michel a sa maison. Nous passons 4 jours au mouillage légèrement rouleur de cette belle anse qui a gardé, elle, son charme. Nous bricolons, bullons, nageons, profitons de nos amis entre repas à bord ou dans la maison de Jean-Michel, ou balade à Sainte Luce. L’anse à l’âne s’ouvre vers le Nord sur la baie de Fort de France et il n’est pas rare d’y observer de magnifiques arcs en ciel après un grain.




Le 8 février, nous levons l’ancre pour longer la côte martiniquaise vers le Nord et aller prendre une bouée à Saint Pierre. Ce mouillage était, il y a 6 ans, assez encombré, et il était difficile de trouver une place si on arrivait tard le soir, car bien que la baie soit très large et ouverte, la profondeur devient très vite trop importante pour mouiller si on s’éloigne de la rive. La zone est maintenant aménagée avec des bouées payantes, bien sûr, que l’on réserve quelques jours avant son arrivée et une capitainerie s’est installée. On y est très bien accueilli, on n’a plus le stress de savoir où mouiller, on peut tranquillement faire sa clearance de départ, mais évidemment ça se paye (pas trop cher !). Les clearances d’arrivée et de départ, déclarations douanières, sont obligatoires à chaque changement de pays, donc quasiment à chaque changement d’île aux Caraïbes. Dans les Antilles françaises cette clearance se fait maintenant sur un site internet accessible sur son téléphone, mais il faut faire imprimer le document dans une capitainerie et y apposer un tampon.


Nous débarquons et redécouvrons la typique ville de Saint-Pierre. Au premier abord, elle nous paraît plus pimpante (ou moins grise) que dans notre souvenir ; mais en se promenant, on trouve toujours au coin d’une rue, ces maisons délabrées et noires, couleur des pierres volcaniques locales ; et on y entretient le souvenir de la terrible éruption de 1902 qui a détruit la ville et y a fait 28000 morts en quelques minutes.





Nous reprenons notre route le lendemain pour affronter le canal de la Dominique au Nord de la Martinique. Nous passons trois heures à nous faire secouer car les alizés sont bien virulents. Le bateau avance bien au près bon plein et nous rejoignons l’abri de l’île avec soulagement. Nous longeons cette belle île que nous avions bien apprécié il y a 6 ans, pour aller poser notre ancre juste avant le coucher du soleil au fond de la baie de Portsmouth au Nord de l’île. Nous y passons une nuit bien ventée avant de repartir peu après le lever du soleil toujours vers le Nord.
Nous quittons assez vite l’abri de l’île pour nous prendre de plein fouet l’alizé qui souffle entre 25 et 30 nœuds ce matin. Je tremble pour notre grand-voile ! Et peu de temps après avoir pris notre second ris, une couture commence à lâcher, suivie par de belles déchirures dans les lés supérieurs complètement cuits par leur longue exposition au soleil, et achevés par un stockage de 8 mois lors du dernier été tropical. Elle n’aura pas tenu une dernière saison !
Nous affalons et continuons sous Solent en nous appuyant au moteur. Nous finissons par arriver au mouillage de la baie de Saint-Louis à Marie-Galante. Nous passons la première partie de l’après midi à téléphoner aux trois voileries présentes en Guadeloupe et à discuter de ce qu’ils peuvent faire pour nous et, de délai. Si la voile nous avait lâché sur le trajet vers Cuba ou après, ça n’aurait pas été dramatique car ces traversées se font au portant (vent qui vient de derrière), et nous serions arrivés sans problème sous génois. Mais nous ne pouvons pas prendre la décision de partir comme cela avec un bateau amputé d’une voile importante, il faut la changer !
Le 11 février nous levons l’ancre pour rejoindre le Marina Bas du Fort à Pointe à Pitre où nous avions réservé une place pour 3 nuits.

Deux des voileries sont des marques connues qui envoient toutes les données en Europe et reçoivent ensuite une voile toute faite par avion ou bateau, et ils demandent minimum 6 semaines de délai. Et il y a Tony, artisan voilier local, qui nous promet un délai de 4 à 5 semaines. Il est extrêmement réactif, en début d’après-midi il nous fournit un premier devis, et il est à bord pour prendre les mesures, Nous avons un très bon contact. La voile est démontée et marché est conclus avec Tony. Il fait un dessin l’envoie à un confrère à La Rochelle qui découpe les lés au laser, les expédie par avion et Tony les assemble et ajoute tous les accessoires. Espérons que tout se goupille bien !
Encore un ennui qui s’ajoute à la longue liste et je dois dire que l’ambiance n’était pas trop à la fête à notre arrivée en Guadeloupe ! Du coup notre périple prend 3 semaines de retard si tout se passe bien. Cela chamboule tout pour les équipiers que devaient nous rejoindre et pour notre date de retour en France que nous espérions rejoindre avant la fin des vacances de printemps pour voir nos petites filles. C’est raté, on se rattrapera cet été !
Nous avons maintenant un bon mois d’attente à Pointe à Pitre, nous allons pouvoir soigner et peaufiner un peu notre Free Vikings, faire un peu de tourisme, profiter des amis sur place….
A suivre !








