Après un séjour d’un mois en France durant lequel nous avons profité pleinement mais rapidement de nos amis et de notre famille, nous abandonnons la pluie et le froid qui s’installent sur la France. Le 6 janvier nous sommes de retour à Ténérife. C’est accompagnés de notre fidèle équipier Daniel que nous retrouvons Free Vikings qui nous attend sagement à la marina Amarilla à San Miguel au Sud de Tenerife. Nous louons une voiture pour deux jours afin de faire l’avitaillement et visiter Santa Cruz de Tenerife la capitale de l’île.


Cette ville est très animée, il s’y mêle un modernisme bruyant parfois exacerbé, illustré par la salle de spectacle ; et une ambiance désuète et plus calme dans le quartier ancien. Nous sortons de la gare routière où nous avons laissé la voiture pour plonger dans une agitation et une circulation digne de nos grandes villes, avec ses magasins typiquement occidentaux. La végétation nous rappelle néanmoins que l’on se trouve dans une région subtropicale. Le marché est typiquement canarien avec ses étals alimentaires, de babioles à touristes et de restauration. Les décorations de Noël encore présentes y ajoutent un air festif. C’est jour de brocante en ville, nous parcourons les très abondants étals qui nous rappellent nos propres marchés aux puces. Nous rejoignons la vieille ville où nous retrouvons l’architecture typique des villes des Canaries avec par exemple ces belles fenêtres et portes en bois. Nous fêtons nos 35 ans de mariage au restaurant dans un rue piétonne plus calme, puis nous reprenons le chemin de la marina dans l’après-midi après une halte sur une plage cachée derrière une zone commerciale. Mais déception, nous ne nous baignerons pas : non seulement le sable est tout noir mais tellement caillouteux que nous renonçons.








La journée du 8 janvier est consacrée aux courses et à la remise en conditions de navigation du bateau : réparations avec les pièce reçues en France, installation de filtration pour l’eau en prévision de l’Afrique etc.. Nous nous récompensons de nos efforts au bar de la marina d’où nous admirons le coucher de soleil : c’est à peu près la seule distraction de ce lieu coincé au fond d’un complexe résidentiel loin de tout sans voiture.
Le 9 janvier nous larguons les amarres au lever du soleil et après un plein de gas-oil à la dernière station des Canaries, nous prenons la direction de El Hierro. C’est une belle journée de navigation avec malheureusement un peu de moteur car le vent n’est pas au rendez-vous et nous avons plus de 70 milles à parcourir pour rejoindre Puerto de Estaca à El Hierro. Nous nous amarrons à plus de 22 heures dans cette petite marina bien accueillante construite au fond du terminal de ferry de l’île.


La première journée nous trouvons le bureau de la police portuaire au fond du terminal des ferrys flambant neuf et nous apprêtons à faire les formalités d’entrée. Nous tombons sur un gentil policier qui ne parle pas un mot de français, ni d’anglais. Notre espagnol étant à peu près nul, les échanges sont difficiles. Il finit par abandonner, nous dit de revenir demain ou après-demain (no stress, nous dit-il !) quand son collègue anglophone sera là, et il nous donne les documents avec toutes les informations nous permettant de faire un peu de tourisme dans l’île. Nous aurons toutes les difficultés à nous faire enregistrer. A notre second essai le lecteur de carte bancaire ne fonctionne plus donc on ne peut pas payer la taxe portuaire, le policier présent prend quand même nos coordonnées sur une feuille volante. Et quand la veille de notre départ, au moment de payer notre dû, nous tombons sur le policier non anglophone, il ne retrouve pas trace de notre passage et finit en désespoir de cause par nous dire de partir sans payer… No stress ! Nous ne pouvons pas, nous n’avons pas fait de clearance de sortie de l’UE car il n’y a pas de bureau à El Hierro (il aurait fallu la faire plusieurs jours à l’avance à Tenerife) et nous avons besoin au moins d’une facture pour attester de notre dernière étape au cas où on nous le demanderait à l’arrivée en Afrique.
Le port est un peu isolé, éloigné de 9 km de la ville principale Valverde qui se trouve sur les hauteurs. Et malgré sa gestion un peu olé olé, le port est très accueillant équipé de sanitaires corrects, d’une vaste aire de stockage à sec, d’une darse, où il ne manque plus que le roue-lève ou une grue. Une jolie plage de sable noir aménagée jouxte la marina et me permet de reprendre mes habitudes de petit bain matinal. C’est vivifiant ! L’eau de la mer et la température extérieures ne dépassant pas 20°, ça met en forme !


Le premier jour de notre découverte de El Hierro est consacré à Valverde que nous rejoignons en bus. Le tour de la capitale de cette petite île est vite fait. La rue principale étroite en sens unique est bordée de nombreux petits commerces. En contrebas se trouvent l’église de la Conception et l’Hôtel de Ville avec une belle vue sur la mer et sur les hauteurs, un peu décentré, le musée qui relate l’histoire de l’île et expose le peu qu’il y a à montrer de cette île qui fut très pauvre. Les premiers colons se trouvaient quasiment en autosubsistance et devaient tout fabriquer eux même. Le musée regroupe tout leur savoir-faire de la fabrication des outils aux réalisations de vannerie, tissus etc… Nous y trouvons un petit supermarché relativement bien achalandé où nous pourrons faire nos dernières courses avant la traversée.











Nous louons une voiture pour partir découvrir les merveilles naturelles de cette île isolée loin du tourisme de masse. Les « Miradores » nous permettent d’admirer de très beaux panoramas de l’île volcanique qui plonge dans la mer par de vertigineuses falaises. Au Nord-Est de l’île un bassin d’effondrement a créé une vaste plaine El Golfo entourée d’un côté par la mer et de l’autre par des falaises hautes de 1000 mètres. La houle de l’Atlantique vient se briser sur la côte de El Golfo sur les roches volcaniques noires formant de beaux contrastes de couleur. Cette plaine fertile abrite des plantations de bananes et d’ananas, principales productions de l’île avec la vigne et les quelques produits laitiers de l’élevage.







Le Garoé est un arbre sacré des habitants indigènes de l’île les Bimbaches. Cet arbre a le pouvoir de faire se condenser l’eau amenée par les alizées et comme il se trouve planté sur une configuration géologique particulière avec une couche souterraine imperméable, l’eau se trouve stockée dans le sous-sol en nappes. L’arbre originel est mort mais un autre arbre a été planté au même endroit qui est maintenant un lieu d’attraction touristique et de mémoire.



En altitude, à plus de 1000 mètres (le point culminant est à 1500 m), on trouve une forêt primaire dense. De nombreux chemins de randonnées permettent de visiter les divers Miradores qui surplombent les nombreux cratères ou les falaises abruptes d’El Golfo. Nous nous y dégourdissons les jambes. En redescendant des hauteurs de l’île vers le Sud, on traverse une belle forêt de pins ; après la traversée du petit village de El Pinar, on arrive sur une immense coulée de lave complétement inculte, grise ou marron et minérale. A l’extrême sud de l’île le village de La Restinga abrite un centre de plongée, un port de pêche et une petite station balnéaire. Nous y déjeunons sur le port de spécialités locales. Au cours de ce déjeuner nous assistons à un retour du bateau de sauvetage qui ramène une chaloupe de migrants. Ils sont débarqués sous bonne escorte sur le quai où est aménagée une tente d’accueil, signe que c’est pratique courante. Les Canaries sont un lieu d’entrée dans l’UE très proche de l’Afrique et forcément attirent les tentatives de migration clandestines.











Loin de l’île de Tenerife complétement urbanisée et dédiée au tourisme de masse avec ses complexes hôteliers ou résidentiels qui ont dégradés toute la côte, El Hierro est la plus sauvage, une des plus belles et la plus préservée des Canaries. Avec ses 1700 habitants une ambiance particulière propre aux îles règne sur cette île, où les amoureux de la nature sont bien accueillis. Elle rejoint dans nos cœurs La Palma et la Goméra.

Nous quittons l’Europe le dimanche 14 janvier après avoir enfin régularisé notre situation le matin même auprès des autorités portuaires. La météo n’est pas très favorable, très peu de vent au début et souvent de secteur Sud, mais ça devrait s’arranger au bout de quelques jours.
Et effectivement pendant trois jours nous alternons les phases de moteur et de voile avec le moindre souffle de vent qui se lève, et nous permet d’avancer avec efficacité vers le Sud, pas forcément au cap exact mais nous gagnons doucement vers le Sud. Puis le 17 au matin le vent s’oriente de secteur Nord. Nous marchons sous gennaker ou voiles en ciseaux la nuit et n’avançons pas bien vite avec cette brise, mais enfin sous voile. La nuit du 19 janvier un soudain coup de vent de secteur Nord toujours, avec des rafales à 30 nœuds amène tout le monde sur le pont à 4 heures du matin. Il faut enrouler le génois prendre un ris et surtout amener le gennaker probablement mal enroulé qui commence à se dérouler. Il s’enroule autour de l’étai lors de la manœuvre tout est bloqué. Nous continuons ainsi jusqu’au lever du jour, en maintenant la voile à l’abri de la grand-voile pour éviter de l’endommager et de trop secouer le gréement. Alors le vent s‘étant un peu calmé et malgré les vagues qui nous chahutent pas mal, la mer s’étant levée avec le vent, nous parvenons à récupérer le gennaker et le ranger dans son sac. Ouf ! Un bon vent de 20 nœuds puis 15 se maintient encore deux jours et nous restons sous seule grand-voile la nuit et parfois aussi dans la journée quand ça avance trop vite, afin d’arriver de jour à Dakar.




Les immeubles de la ville de Dakar émergent de la brume le 21 au matin. Vers midi, après avoir contourné le Cap Vert et la péninsule formée par cette grande ville africaine, nous rejoignons le mouillage du CVD (Club de Voile de Dakar) dans la baie de Hann.













