Escale aux Açores

Nous passons deux semaines à Horta avant l’arrivée de nos amis. La météo est très humide et brumeuse. Ces semaines de repos sont les bienvenues après notre traversée, nous étions très fatigués. Philippe bricole sur Free Vikings et sur les bateaux des copains. Ce qui nous vaut des soirées sympathiques au restaurant avec l’équipage de La Belle Aventure ou des apéros à bord. La météo est fraîche, très humide et brumeuse, nous commençons à regretter les tropiques. L’ambiance de la ville n’a pas beaucoup changé en 7 ans, si ce n’est l’impression qu’il y a encore plus de bateaux qui y font escale. Horta est une ville noire et blanche à l’atmosphère un peu désuète. Il y règne peu d’animation en dehors du port et de la matinée où les gens sortent faire leurs courses. Les magasins sont discrets sans devanture aguicheuse. L’activité principale tourne autour des « tour-du-mondistes » ou navigateurs qui y font escale sur le trajet de retour en Europe au printemps et en été.

Enfin le 2 juin, Muriel et Jean-Luc débarquent après un voyage un peu rallongé. Leur avion arrive avec du retard, ce qui semble être la norme ici ; et il atterrit à Pico, si bien que de retour de l’aéroport, bredouilles, nous allons les attendre à l’arrivée du Ferry de Magdalena sur Pico. Nous louons une voiture deux jours pour redécouvrir l’île avec nos amis.

Nous nous rendons au Vulcano dos Capelinhos au Nord-Ouest de l’ile. Cette extension de l’ile a été créée par une éruption volcanique en 1957. C’est dommage que le plafond soit si bas, car sous le soleil ce paysage minéral est sublime. Un repas dans un restaurant local leur permet de tester la bacalahau (Morue). Ce plat local n’est pas vraiment de la grande cuisine et souvent c‘est un peu sec. D’une façon générale la cuisine açorienne n’est pas très raffinée, mais c’est toujours intéressant de gouter aux spécialités ! Nous avons apprécié le poulpe par exemple, mais certaines saucisses ou boudins ou chorizos, sont très gras et sans grand intérêt.

Le lendemain nous avons la chance d’avoir du beau temps. Nous montons à la « Caldeira », le volcan principal de l’île et pouvons admirer aussi bien la belle vue à 360° que le paysage au cœur du cratère.

Le 4 juin nous prenons le ferry pour Pico. Une excursion avec un chauffeur de taxi, nous promène sur les sites touristiques de cette belle ile où trône le Pico, un grand volcan qui culmine à 1800 mètres et domine toute cette partie de l’archipel des Açores. Une grande partie de l’activité de Pico tourne autour de la fabrication du vin de Pico célèbre et très prisé aux siècles derniers mais qui a connu des revers à cause du Phylloxera. Les vignes poussent dans des enclaves bâties avec les pierres volcaniques, qui les abritent des vents dominants et emmagasinent la chaleur. Vu la configuration des sites, on comprend la cherté du produit, tout est manuel et difficile d’accès. Nous apprécions ces beaux paysages noirs et vert.

Une autre activité aujourd’hui totalement arrêtée dans tout l’archipel fut la pêche à la baleine. Restent des sites où l’on peut visiter une ancienne usine de fabrication de produits dérivés de la baleine : huiles etc… Nous prenons le soir un apéro d’adieux avec nos copains Silvia et Jean-Francis du Mabrouk qui sont bloqués aux Açores un moment avec une avarie de safran, encore une belle rencontre !

Nous larguons les amarres le 5 juin en direction de Sao Jorges. C’est une traversée tranquille de 6 heures, moitié voiles, moitié moteur. Après avoir mouillé dans la baie profonde et un peu houleuse, nous débarquons en annexe à la capitainerie de Las Velas. José, le très sympathique maitre du port nous trouve une place au ponton malgré l’affluence. Ça a effectivement bien changé ! Il y a 7 ans nous étions moins d’une dizaine de visiteurs et aucun bateau n’était obligé d’utiliser le mouillage rouleur, qui est bien plein aujourd’hui. La jolie ville de Las Velas est toujours aussi tranquille et typiquement açorienne, avec sa belle place pavée à l’effigie de St Georges terrassant le dragon et ses piscines naturelles.

Le lendemain nous partons à la découverte de l’île avec une voiture de location. La Réserve forestière des Sete Fontes au Nord-Ouest de l’île, un joli jardin botanique très vert, est complètement dans le nuage de brume et exposé au vent. Un climat de mois de novembre ! L’humidité semble au gout des canards et divers volatiles qui habitent le lieu. Nous ne nous attardons pas à admirer les fougères arborescentes, les azalées de taille conséquente, les acacias, sous les immenses cèdres dégoulinants d’eau, car nous ne sommes pas vraiment équipés pour affronter ce vent froid.

Nous repartons vers le Sud de ce haut plateau rocheux qui constitue cette île où le beau temps est installé. C’est assez typique de ces îles du milieu de l’Atlantique, les premiers reliefs exposés bloquent l’humidité de l’océan et dans la partie opposée de l’île le climat est totalement différent. Nous le constatons de façon très marquée ce jour-là. Faute de trouver un restaurant pour nous accueillir ce dimanche, nous pique-niquons sur le parking d’une église dans un village accroché au flan de la falaise, avec une belle vue sur la mer, avant de repartir en quête d’une fromagerie ouverte. Encore un raté pour ce jour-là ! L’activité principale de Sao Jorge est l’élevage bovin et la production de fromage selon des méthodes importées par les Néerlandais. Nous apprécions ces bons fromages : ce n’est pas encore du niveau de nos bons produits français (avec un peu de chauvinisme) mais c’est nettement meilleur que le cheddar qui fut notre quotidien ces derniers mois.

Nous reprenons notre navigation dans les îles, le 7 juin. Nous avions l’intention de partir découvrir Graciosa, une petite île plus au Nord, mais la météo en a décidé autrement. Nous devons avancer plus si nous voulons faire la traversée vers la partie Sud de l’archipel dans de bonnes conditions, les jours prochains. Nous arrivons dans la baie de Angra de Heroismo sur Terceira en fin d’après-midi et mouillons devant la marina complète ce soir-là.

Heureusement avec le vent actuel le mouillage est très calme et inviterait presque à la baignade en cette belle journée ; l’eau est tellement claire par ici, mais un peu froide ! Angra de Heroismo est une grande ville, ancienne capitale des Açores, très riche en histoire, elle a été détrônée par Ponta Delgada sur Sao Miguel au 19eme siècle. A cette période, la ville fête l’indépendance et une fête locale de l’île est en préparation. La présence américaine est sensible, car une base l’OTAN est installée à l’aéroport de l’île ; cette présence empêche le déclin de la ville. Diverses manifestations sont organisées, les rues sont décorées et des défilés organisés. Le très serviable maître du port nous installe à la marina dès le lendemain et nous pouvons plus facilement débarquer pour partir découvrir la ville : notamment la citadelle, une des fortifications érigées pour protéger la ville des pirates, et le jardin du Duc de Terceira au cœur de la ville. La ville de Angra est bien plus colorée et animée qu’Horta, la circulation automobile y est assez intense.

Le 10 juin nous larguons les amarres en milieu d’après-midi pour une étape de 93 milles vers Sao Miguel dans la partie Sud de l’Archipel. Nous nous attendions à une traversée avec très peu de vent et finalement une petite brise de secteur Est à Nord-Est nous conduit tranquillement pendant la nuit à Ponta Delgada où nous arrivons le lendemain vers 11 heures. Une première, cette nuit entière en mer pour Muriel et Jean-Luc ! Et avec en prime une visite des dauphins dans la soirée pour notre grand bonheur. Nuit sans beaucoup de sommeil pour tous, mais finalement plutôt agréable malgré la fraîcheur.

Nous stoppons au ponton à gasoil entre les deux marinas de Ponta Delgada pour faire le plein en prévision de la prochaine traversée. C’est à cet endroit que se font le formalités et l’accueil portuaire. Le personnel est très sympathique comme partout aux Açores, mais pas trop stressé (et ils ont bien raison !). Nous poireautons plus d’une heure avant d’en finir et d’être dirigés vers notre emplacement. La marina est bondée et, comme nous l’explique le maître du port : le nombre de bateau a considérablement augmenté ces dernières années, en nombre, en taille et en ratios en faveur des catamarans ; ce qui complique le placement des unités.

Ponta Delgada est la capitale des Açores et à part quelques quartiers anciens et typiques elle a tout d’une grande ville : une circulation importante, des immeubles laids, une population nombreuse et une boite de nuit qui vous empêche de dormir les vendredi et samedi soirs.

Nous retrouvons notre équipier de la prochaine étape Jean-Marc qui arrive de Suisse ce soir-là. Il a prévu de loger à l’hôtel quelques jours n’étant pas sûr que nous soyons arrivés lors de sa venue. C’est donc à cinq que nous partons à la découverte des sites de Sao Miguel.

La première virée nous amène dans la partie Ouest de l’île où se trouvent les deux magnifiques lacs jointifs formés dans le creux d’un cratère volcanique. Les Lagos Azul et Verde comme leur nom l’indique sont l’un bleu, l’autre vert, lorsqu’ils sont éclairés par ce beau soleil. Quand il fait beau les couleurs de la nature et de la mer sont particulièrement tranchées et contrastées sous le soleil des Açores. Les paysages de bocage en dégradé de verts sont entourés de haies d’hortensias à foison, en fleur à cette saison. Nous stoppons sur quelques « Miradouros » pour profiter de magnifiques paysages et terminons notre escapade par les piscines naturelles de Mosteiros où nous nous baignons dans une eau un peu réchauffée par les pierres noires qui les entourent.

Le lendemain c’est avec une météo un peu moins clémente que nous partons vers Furnas.  Cette petite ville située au près d’un lac volcanique abrite une réserve naturelle botanique, et elle est le siège d’une station thermale : le Parque Terra Nostra. Après une balade autour du lac, nous profitons d’une immersion dans l’eau terreuse et soufrée, naturellement chaude à 38° des piscines thermales. Une belle occasion de soulager nos vieilles douleurs !

Nous prenons la décision d’entreprendre notre traversée vers la Bretagne le 15 juin au lieu du 17 initialement prévu. La météo de cette fin de printemps et début d’été est particulièrement capricieuse et nous pourrons ainsi profiter de 4 jours de vents portants, la suite étant encore très incertaine. C’est avec regret que nous allons abandonner Muriel et Jean-Luc qui ne reprennent l’avion que le 16.

Le 14 juin est donc consacré aux préparatifs de départ, nettoyage du bateau, courses au supermarché avant de rendre la voiture, formalités de départ, baignade dans la piscine du port, accueil de Jean-Marc à bord et un repas d’adieux dans un sympathique restaurant sur le port…