
Nous passons deux jours finalement à La Corogne. Mais ça valait le coup, Philippe est content, il est venu à bout d’une petite fuite d’eau du moteur qui le tracassait depuis longtemps. Encore un coup de la pompe à eau ! Elle a eu droit à un démontage complet et un remplacement du joint à lèvres autour de son axe. Et ça ne fuit plus, mais c’est à surveiller et à améliorer car l’axe est usé. Réparation aussi d’une petite fuite d’huile sur le capteur de pression qui nous transformait le dessous du berceau moteur en marécage. On n’arrête jamais d’entretenir et de réparer sur un bateau, l’utilisation et donc l’usure du matériel étant relativement intense. Encore faut-il avoir prévu d’emmener avec soi les pièces d’usure pour pouvoir les changer en cas de besoin.
De nombreux équipages en départ pour une transat sont en escale à La Corogne : des Néerlandais, des Anglais, Danois, Norvégiens et quelques Français retardataires. Tous ont profités de l’été pour entamer leur voyage vers le Sud, les derniers venant des contrées les plus nordiques. Les lessives sèchent sur les filières, les voiles sont étalées sur les pontons pour réparation, d’autres bricolent… Malgré cette activité, nous prenons, le temps de prendre une bière en terrasse le soir. C’est le weekend et les habitants de La Corogne se promènent en ces chauds après-midi d’automne.


Le 9 octobre nous larguons les amarres au lever du jour, soit vers 8h30, les jours raccourcissent. Nous passons devant la tour d’Hercule éclairée par le soleil levant en quittant la Corogne. Nous avons une grande étape pour rejoindre la Ria de Camariñas. Nous longeons la belle côte sauvage de la Galice au moteur, car le vent n’est pas au rendez-vous, pour aller mouiller en face du port, le long d’une jolie plage de cette belle ria. Il fait encore chaud quand nous arrivons vers 17h, et la baignade est de rigueur. L’eau est encore très bonne et c’est très agréable de nager un peu après une journée à bord sans grande activité. Nous nous félicitons d’être allés au mouillage car nous assistons de loin au ballet des nombreux bateaux de pêche qui rentrent le soir au port et font beaucoup de bruit. Un brouillard se lève sur la mer dans la soirée obstruant d’un bouchon de ouate l’accès à la mer de façon spectaculaire.
Un nouveau départ matinal le lendemain, nous emmène toujours le long de la partie la plus sauvage de la Galice, toujours au moteur sous un soleil éclatant. Nous doublons les Cabo Tourinan et Cabo de la Nave, les caps les plus à l’Ouest de l’Espagne et de l’Europe continentale, avant de passer le Cap Finistère qui, bien que très proche, n’est pas le point le plus Ouest. Le côte est très sauvage découpée et nous sommes content de ne pas avoir à nous y aventurer un jour de mauvais temps. Cette côte, nommée la Costa Del Morte pour sa dangerosité n’a rien à envier à notre Pointe du Raz ni à la Baie des Trépassés de triste renom.
Nous entrons dans la Ria de Muros et nous amarrons à la marina de la petite ville. Nous sommes accueillis par un gentil marin qui parle parfaitement français et nous fait un accueil des plus cordial. La petite cité de Muros est parcourue de rues piétonnes bordées de jolies petites maisons de pierre partiellement restaurées. Nous montons jusqu’à une jolie église romane qui abrite une statue du Christ particulièrement remarquable d’après une gentille dame qui se met en quatre pour nous montrer les belle arches romanes et particularités du site. L’échange est très gestuel car nous ne comprenons pas grand-chose à ce qu’elle nous dit, mais elle parait prendre tellement à cœur de nous montrer son église que nous l’écoutons poliment.





Après une dernière visite au petit supermarché proche de la marina de Muros nous quittons le port pour une étape encore principalement au moteur car le vent est très capricieux. Nous parcourons une trentaine de milles et décidons de nous engager dans la Ria Aldan pour passer la nuit. Cette petite ria ouverte vers le Nord est encombrée de parcs à poisson. L’activité pêche et pisciculture est très développée en Galice. Tous les ports de la côte sont avant tout des ports de pêche où se sont construites de petites marinas. Et des viviers sont implantés à l’abri naturel de ces belles rias. La profondeur d’eau étant assez élevée dans cette baie nous longeons les parcs pour nous diriger tout au fond de la ria pour mouiller devant la petite plage de sable clair qui invite à la baignade.
Le lendemain le départ est plus tardif, nous n’avons qu’une quinzaine de milles à parcourir. Un petit vent se lève et nous permet de tirer un bord le long des Iles Cies. Ces belles iles sauvages situées à la sortie de la ria de Vigo sont une réserve naturelle et il faut demander l’autorisation pour aller y mouiller. Nous rejoignons la marina de Cangas située en face de Vigo sur la rive Nord de la Ria de même nom.
Nous restons une journée d’escale à Cangas pour laisser passer un front froid et une journée de pluie. La météo est en train de changer, un automne agité arrive. La ville nous paraît un peu morte malgré sa taille relativement importante. Mais le 12 octobre est le jour de la fête nationale espagnole, la ville s’anime un peu en soirée et une fois le gros de la pluie passée nous pouvons sortir un peu, nous promener et diner de tapas en terrasse d’un restaurant. Le long du port et de la plage se trouvent des artères passantes, de grandes places, une halle de marché où nous trouvons du poisson frais et d’énormes langoustines pour nous régaler. En arrière de cette zone agitée les petites rues piétonnes très étroites et plutôt sombres abritent des habitations et quelques commerces.







Le 14 octobre une journée calme avec du vent portant s’annonce. Nous décidons d’en profiter car les prévisions météo ne sont pas folichonnes pour la suite. Nous larguons donc les amarres très tôt afin d’avancer le plus possible vers le Sud. Nous assistons à un magnifique lever de soleil sur la ria de Vigo animée d’un trafic important de cargos, pétroliers et ferrys. Le soleil éclaire les Îles Cies que nous laissons sur notre tribord pour amorcer notre descente vers le Sud. Nous parcourons 60 milles tantôt poussés par les voiles en ciseaux tantôt un peu aidés du moteur pour avancer car le vent n’est pas très fort. Nous doublons la frontière hispano-portugaise, passons devant les villes balnéaires accompagnés de nombreux bancs de dauphins qui viennent jouer un moment avec le bateau et nous régaler de jolis sauts. Vers 17 heures nous téléphonons à la marina de Porto Atlañtico pour leur annoncer notre arrivée tardive car il nous reste vingt-cinq milles à parcourir. On nous répond que la marina sera fermée jusqu’à lundi matin et donc de nous débrouiller. Devant cet accueil nous décidons de nous arrêter 15 milles avant, à Povoa Do Varzim afin d’y passer le week-end. Nous sommes accueillis vers 19 heures par un marin qui vient à notre rencontre en Zodiac, nous conduit à notre place, nous fournit une carte d’accès et nous donne rendez-vous le lendemain dimanche au bureau de la Marina pour les formalités.
Je ne sais pas si c’est la météo très pluvieuse, mais les villes que nous visitons surtout au Portugal nous paraissent très tristes, grises, pauvres et plutôt sales. Nous partons dimanche matin à la recherche d’un magasin pour nous ravitailler un peu et déambulons dans des rues étroites avec de très petites maisons délabrées jouxtant d’autres plus récentes ou moins vétustes. Nous marchons sur des trottoirs non entretenus et finissons par tomber sur une petite épicerie ouverte. L’après-midi à la faveur d’une éclaircie, nous partons dans l’autre direction et là nous trouvons une ville un peu plus animée avec des rues piétonnes égayées de magasins ouvert en ce dimanche d’automne. Povoa do Varzim est une station balnéaire avec son casino, sa barre d‘immeubles horribles longeant la plage digne des stations belges ou du Sud de l’Espagne. Un projet de modernisation qui semble en stagnation a permis la réhabilitation de toute la zone portuaire qui arbore de larges esplanades bétonnées avec des aires de jeux et autre skate parc et quelques restaurants.








Le lundi 16 octobre il nous faut parcourir les 12 milles qui nous séparent de la marina Porto Atlañtico. Avec courage nous partons en mer avec un vent de 15-20 nœuds en plein dans le nez et sous la pluie. L’étape est pénible, au moteur, arrêtés par les vagues ; le vent et la mer se lèvent et nous sommes bien content d’arriver. Pourquoi cette marina me direz-vous ? Sur le papier (guides nautiques et le site internet) elle nous a paru moderne, bien située pour aller visiter Porto et nous y avons fait expédier la carte SIM de notre téléphone satellite que nous n’avions pas reçu à temps, et que nous devons récupérer. Si nous avions su, nous aurions choisi une autre marina. La marina est plutôt vétuste entretenue avec les moyens du bord (c’est-à-dire, vraisemblablement peu) et surtout extrêmement sale. Une odeur de sardine pourrie vous prend à la gorge en arrivant. Dans l’eau du port baignent des sardines en décomposition, des cadavres de mouettes et autre détritus non organiques et huileux. Ça ne s’annonce pas très bien pour les cinq jours que nous devons passer ici ! Un épisode de tempête est annoncé et nous ne pouvons pas bouger avant le 21 et encore ! Le personnel est gentil et nous remet nos fameux colis tant attendus.
Nous prenons donc notre mal en patience vaincus par la météo. Entre la pluie soutenue, le vent soufflant en tempête et l’odeur extérieure, on n’a pas trop envie mettre le nez dehors. Nous nous aventurons tout de même en ville pour un peu de ravitaillement et trouver une laverie pour le linge sale qui commence à s’accumuler. La ville Leça de Palmeira sur laquelle se trouve la marina est un peu à l’image de cette dernière et de Povoa do Varzim. Une partie est très vétuste, limite sale avec des ruelles enchevêtrées qui abritent quelques épiceries, magasins d’alimentation, coiffeurs, pharmacie, mais pas de centre-ville bien défini. Où nous ne l’avons pas trouvé ? Il faut dire qu’avec la météo, nos sorties sont souvent écourtées. Vers le Nord se trouve la belle plage de la station où déferle la mer bien creusée par la tempête et plus loin des habitations modernes, des restaurants. Un sympathique bar sur la plage nous permet de siroter des cocktails en admirant la mer et le coucher du soleil.



Nous profitons de cette escale pour bien sûr aller visiter Porto. Le trajet depuis la marina est une expédition en soi. Non pas que ce soit très loin, c’est simplement que le réseau urbain est très aléatoire. Vous pouvez attendre le bus une heure et d‘un seul coup en voir passer deux qui se suivent. Nous testons tous les moyens de nous rendre à Porto et finalement c’est l’option marche à pied pour rejoindre une station de métro, en traversant la zone de fret du port commercial par une passerelle, puis le métro que nous semble la plus efficace. Encore faut-il éviter les averses ! Visiter Porto, ça se mérite !


Nous y passons deux journées à déambuler dans les ruelles étroites de la veille ville, nous perdre dans la Ribeira, découvrir les façades colorées et typiques des vieux immeubles (et ceux tout délabrés de l’envers du décor). Nous admirons les impressionnantes cathédrale et église des Clercs, et la belle gare de Sao Bentos. Nous marchons sur les quais. Nous traversons le Pont Luis : une fois à l’étage inférieur pour admirer les arches métalliques réalisées par un élève de Gustave Eiffel ; un fois tout en haut, afin d’admirer la vue sur le Douro. Nous visitons une cave de Porto et ramenons quelques échantillons. Nous faisons une promenade en bateau sur le Douro pour admirer les 6 ponts qui le traversent. Le tourisme est très florissant et même hors saison comme en octobre il y a un monde fou et nous n‘avons pas le courage de faire la queue pendant des heures pour entrer dans le palais de la Bourse ou visiter le célèbre Librairie Lello.
















Nous restons finalement 6 jours à la Marina Porto Atlañtico, bloqués par le mauvais temps comme d’autres bateaux en route vers le Sud. Le samedi 21 octobre le vent se calme enfin, la mer est encore très creuse. Nous attendrons encore une journée que le vent devienne plus favorable pour larguer les amarres…
































