Retour aux Canaries

Quelques heures après le départ de nos amis, nous larguons les amarres en direction des Canaries. Nous avons un créneau météo qui nous parait favorable avec un vent très modéré. Et de fait, nous passons deux jours et deux nuits, tranquillement bercés par les vagues et poussés par un vent de travers qui n’excède pas 15 nœuds, le rêve ! Nous n’y croyions plus !

Le vent est même un peu faible par moment pour que Vany fonctionne correctement. Heureusement le génial bricoleur du bord a effectué une réparation de fortune du capteur d’angle de barre du pilote électrique qui nous avait lâché au départ du Portugal, nous mettant bien dans l’embarras. L’origine du problème diagnostiqué par l’ingénieur, est un malheureux potentiomètre qui au bout de 20 ans d’utilisation a rompu sa résistance électrique. Ni une ni deux, Philipe répare la piste cassée par un bricolage maison et ça refonctionne ! Pour combien de temps, on ne sait pas, mais ça attendra bien que nous recevions la pièce défectueuse que nous avons commandée.

Nous arrivons tranquillement le 20 novembre à La Palma, la plus au Nord de îles Canaries, après avoir navigué tantôt sous gennaker, tantôt sous génois, pendant un peu plus de 48 heures.

Nous rejoignons là les traces de notre premier voyage en 2017. La marina de Santa Cruz de La Palma est bien plus animée que lors de notre première visite. Il y a encore de la place mais les pontons sont bien remplis : des bateaux locaux de flottes de location, des squatters de pontons et des voyageurs comme nous, beaucoup de Français et d’Allemands, d’Anglais et autres contrées européennes. A croire que cette île un peu à l’écart des trajets habituels qui passent par Gran Canaria et Tenerife commence à être plus connue. Santa Cruz n’a pas perdu son charme pour autant. Le tourisme y est pourtant développé, c’est même une part importante de l’économie ; même le navire de croisière quotidien ne pollue pas trop la vie locale. Cette escale de quatre jours est l’occasion de nettoyage, repos, rangement du bateau et sans oublier les baignades sur la plage voisine.

Nous prenons le bus pour Los Canarios, pour nous rendre sur un site que nous n’avions pas visité la dernière fois. Le volcan San Antonio a donné naissance à une extension récente de l’île (qui date de moins de 400 ans) et a été encore recouverte par une éruption très récente de 1971 d’un volcan un peu plus haut perché le Teneguia. Ceci est sans compter l’éruption encore plus récente du volcan Cumbre Vieja près du village de Las Manchas en septembre 2021 qui a fait tant de dégâts ! Le site est très minéral comme on peut s’y attendre, mais il est étonnant de voir la multitude de vignes plantées sur cette terre très pauvre et aride ! Le cépage local, la Malvoisie, semble bien s’adapter aux conditions des îles volcaniques.

Nous retrouvons Marie et Thomas sur Rakoon. Ces deux jeunes gens rencontrés à la Corogne, que nous avions déjà croisé et recroisé lors de notre descente le long de la côte ibérique, passent leur temps à patcher soit leurs voiles, soit leur annexe et c’est devenu un sujet de plaisanterie. Nous passons deux agréables soirées ensemble à échanger sur nos expériences et leur disons bon vent vers les Antilles.

Le 24 novembre nous larguons à nouveau les amarres en direction d’une autre île des Canaries que nous avions beaucoup aimé. Nous arrivons à la Gomera en fin d’après-midi après une dizaine d’heures de navigation tranquille pour parcourir les 50 milles qui séparent les deux îles. L’accueil à la Marina La Gomera est toujours aussi cordial. Deux marineros nous attendent et nous aident très professionnellement à nous amarrer. La petite ville de San Sébastian est nichée dans un creux du relief de cette île volcanique du côté aride. La marina, toujours aussi animée, est très prisée des navigateurs. Ce n’est pas Christophe Colomb qui le démentira ;  il s’y est arrêté lors de ses voyages vers les Amériques ; la ville en entretient le souvenir. Il faut dire qu’outre l’accueil, toutes les facilités sont là, et la ville est très accueillante avec ses rues piétonnes, ses magasins, son marché, ses restaurants, sa plage de sable noir, sa jolie place et les animations locales. Les bateaux de croisière ne débarquent pas ici ou rarement et l’aéroport est peu utilisé. Les ferrys font un va et vient continuel pour amener les visiteurs sur l’île, mais évidemment ça limite un peu les arrivées et c’est peut-être ce qui fait l’ambiance de cette île.

Nous profitons du climat tempéré des Canaries pendant encore plusieurs jours et faisons le plein de chaleur avant notre prochain retour en France. Pendant nos cinq jours à La Gomera nous devons faire une opération bouteille de gaz ; nous trouvons à faire remplir notre cube Butagaz à la station locale en leur fournissant un embout de raccordement (heureusement que nous sommes bien équipés). La location d’une voiture nous permet de faire les allers-retours à la centrale gaz et surtout de refaire un petit tour de visite de l’île.

En se dirigeant vers le Nord de l’île on peut apercevoir le Teide le plus haut sommet de l’Espagne situé sur l’île voisine de Tenerife. Le Nord de l’île est très cultivé contrairement au Sud aride. Nous retournons à Vallé Hermoso, cette fois en voiture (nous y étions allés en bus il y a 6 ans). Une jolie petite ville nichée aussi dans un creux de relief (ce n’est pas ce qui manque ici) où nous dégustons « la copa de helada de la casa » dans un restaurant ; la coupe est si grosse que nous ne ferons rien à manger le soir !

Nous pique-niquons à la Playa San Marco un site perdu au bout d’une route étroite et sinueuse au fond d’une crique qui fut un site de naufrageurs. Dans les criques du Nord de l’île furent érigés des sortes de tours qui supportaient des grues. Cela facilitait le chargement des bateaux qui ne pouvaient s’approcher plus, permettant ainsi l’exportation de la production de fruits et légumes locaux. Le nombre de murs construits dans la rocaille volcanique, pour l’agriculture est impressionnant.

Nous remontons sur les hauteurs de l’île faire une promenade dans le parc naturel du Garajonay, à « La Laguna ». Contrairement au Sud très aride, les reliefs et le Nord sont sous l’influence du régime des alizés. Ces vents chargés d’humidité sont stoppés par le relief sur lequel ils libèrent leur eau et permettent à une abondante végétation tropicale de proliférer. Le contraste entre les deux versants est saisissant.

Le 30 novembre nous nous apprêtions à larguer les amarres mais les prévisions météorologiques se révèlent un peu moins favorables, avec un vent assez soutenu et des pluies. Nous décidons de prolonger notre séjour à La Gomera d‘une journée. C’est le 1 er décembre que nous regagnons la Marina Amarilla San Miguel à trente milles, au Sud de Tenerife, tout près de l’aéroport. Nous prenons l’avion le 3 décembre pour Nantes. Free Vikings va nous attendre sagement un mois dans cette marina au pied d’un beau golf au bout d’un complexe de loisir.