Retour en Bretagne

Le 15 juin c’est avec regret que nous voyons Muriel et Jean Luc quitter le bord et que nous les abandonnons pour leur dernière journée aux Açores. Mais météo oblige ! Merci les amis pour ces bons moments passés à redécouvrir (pour nous) ces belles îles isolées au milieu de l’Atlantique. C’est probablement ce qui leur donne ce caractère unique et en fait de beaux lieux un peu oubliés du tourisme de masse.

Cette première journée de navigation est bien calme, poussés par un petit vent et sous le soleil (une fois n’est pas coutume !). Nous devons mettre un peu le moteur pour nous dégager de l’île puis nous envoyons le gennaker. Nous passons quatre jours poussés par un vent modéré de 10 à 20 nœuds la plupart du temps les voiles en ciseaux : le gennaker ou le génois tangonné, en empannant de temps en temps. Les deux premiers jours il fait relativement beau, puis le troisième jour un pluie fine et pénétrante nous accompagne toute la journée, si bien que nous installons les protections latérales de la tente de cockpit pour tenter de préserver un coin plus sec, le vent venant quasiment de l’arrière.

Le froid et l’humidité n’empêchent pas la bonne humeur et l’apéro du soir (avec modération) nous permet de nous remonter le moral. La routine quotidienne est agrémentée par des visites de nos amis les animaux. Une colombe trouve un refuge quelque temps à bord. Nous avons la chance de croiser une mère cachalot et son petit. Nous les voyons arriver droit sur nous, en route de collision et, au dernier moment, ils plongent sous l’arrière du bateau pour ressortir quelques mètres plus loin. Magnifique ! Les dauphins nous accompagnent tous les soirs un petit moment, si ce n’est plusieurs fois pas jour, c’est le moment joyeux de la journée !

Un vrai régal ces jeux des dauphins

Après ces quatres jours de belle navigation malgé le froid et l’humidité, les conditions sont bien plus incertaines : des jours de calme et de vent contraire se profilent, si bien que, peu désireux de tirer des bords dans le Golfe de Gascogne, nous envisageons un moment de faire escale à La Corogne en Espagne. Nous continuons à avancer à un cap un peu plus Nord que nécessaire pendant deux jours où le moteur tourne pas mal. Puis le 20 juin le vent se relève et nous passons un moment un peu désagréable, au près, avec un vent soutenu et la mer qui nous secoue un peu ; et de plus il fait toujours aussi froid. Les levers ou couchers de soleil sont rares.

Enfin le 21, nous décidons de tirer tout droit sur la Bretagne, les vents contraires prévus n’étant pas si forts que lors des prévisions antécédantes. Nous nous appuierons au moteur si besoin (tiens cela me rappelle une traversée il y a 7 ans ; toujours imprévisible ce Golfe de Gascogne !). Les trois jours qui suivent, nous alternons les périodes de près par vent modéré et les périodes de moteur. Le soleil n’apparaît que très, très peu, il fait froid et humide et nous avons même un journée de brouillard. Et dire qu’au même moment c’est la canicule dans nos pays… Incroyable ! Le 23 juin, le soleil perce un peu et nous croisons la route des innombrables cargos qui transitent entre la pointe bretonne et le cap Finistère en Espagne.

Finalement le 24 juin le soleil apparaît enfin, un air un peu moins froid se fait sentir. Nous nous appuyons au moteur car un dépression orageuse assez forte est annoncée pour le soir sur les côtes bretonnes et nous voudrions être à l’abri. Nous observons trois trimarans de la base de Lorient s’entrainer. Ils tirent des bords autour de nous à une vitesse impressionante par rapport à la force du vent. Enfin nous mouillons vers 18 heures sur la côte Sud de Belle Ile d’où nous arrive un brise très chaude, c’est bien la canicule en France ! La dépresssion orageuse annoncée disparaît des prévisions météo à la mi-journée. ?? Nous pouvons profiter d’une baignade bien venue et fêter notre arrivée. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines !

En effet le lendemain à 6 heures nous sommes réveillés par des rafales très fortes de vent. Un violent orage s’abat sur Belle Ile avec des trombes d’eau et des rafales à largement plus de 40 nœuds. Un clapot avec des belles crêtes d’écume se lève. Les bateaux au mouillage résistent, l’un dérape mais s’arrête un peu plus loin, et nous nous éloignons un peu, à un moment du bateau voisin, sans nous en formaliser plus que cela, étant donné le bruit et l’agitation ambiante. Heureusement cela ne dure qu’un quart d’heure. La foudre s’abat sur l’île déclenchant un incendie dans une forêt proche. C’est très impressionnnant. Heureusement cet épisode ne dure qu’une quinzaine de minutes.

Nous comprenons la raison de notre déplacement, au moment de relever le mouillage. Le bout que nous attachons à la chaine ainsi que le blocage de cette dernière, ont laché et tout notre mouillage s’est déroulé : 60 mètres de chaine + 50 mètres de cablot, pour finalement s’arrêter en butée où heureusement le cablot est bien attaché et a tenu. Nous ne nous sommes rendus compte de rien en dehors du déplacement, nous étions tellement chahutés ! Nous avons bien failli perdre notre mouillage sur ce coup là !

L’orage passé, nous pouvons reprendre notre route vers Arzal sous un soleil très chaud ; un petit vent se lève dans l’après-midi amenant un peu de fraicheur. Nous passons l’écluse d’Arzal à 18 heures. Un comité d’accueil restreint nous attend ; la chaleur en ayant découragé plus d‘un. Merci à Frédérique et Jean-Jacques, mes copains de gym et à Isabelle et Henri, nos indéfectibles chers amis, de leur chaleureuse présence.

Nous retrouvons notre maison avec bonheur. Notre équipier repart le lendemain vers sa Suisse natale, il doit encore travailler un peu ce futur retraité ! Merci Jean-Marc pour ta chaleureuse présence et ton aide pour cette dernière traversée de notre périple dans l’Atlantique de trois ans. Tu es toujours le bienvenu à bord.

La seconde boucle est bouclée, riche encore de belles rencontres, de nouveaux pays, dont le Guatemala que nous avons beaucoup apprécié, pour l’accueil des habitants, la richesse culturelle et ce dépaysement apporté par l’ambiance « maya ». Un retour aux US ; c’est toujours un plaisir de naviguer dans leurs eaux malgré le coût exhorbitant des marinas. Un temps aux Antilles où finalement les sites les plus authentiques comme Tobago ou Marie Galante, ont notre préférence. Le tourisme de masse commence à envahir tous les beaux sites et amène des nuisances. Mais il en faut pour tout le monde ! Nous avons tout autant apprécié de revoir les Canaries et les Iles du Cap Vert, de découvrir Madère par la mer et surtout Porto Santo au début du voyage. L’impression sur l’escale au Sénégal est plus mitigée. Je dois avouer que j’ai eu du mal à supporter ces poubelles à ciel ouvert que sont leurs villages ; malgré l’ouverture et l’accueil sympathique des habitants. Et enfin un retour à Cuba un peu triste.

Free Vikings doit se refaire une santé, l’usure et l’âge se font sentir, et pas seulement sur l’équipage ! Nous avons pas mal de pièces et équipements à remettre en état ou à changer. Mais d’autres projets vont sûrement mûrir : vraisemblablement moins loin, nous ne voulons  plus subir de longues traversées avec des météos incertaines. Les idées et les envies ne manquent pas…

A bientôt pour de nouvelles aventures !