Rio Dulce au Belize

Finalement Free Vikings sera remis à l’eau le 24 février. Le moteur repart sans problème et tout va bien, en dehors de quelques dysfonctionnements des instruments et surtout du pilote automatique qui nous donne quelques soucis. Il semble que les connections qui transmettent l’information d’angle de barre soit détériorées. Il fonctionne par intermittence. Après les derniers avitaillements, notamment une bouteille de gaz propane au normes américaines, une journée et une nuit au mouillage loin du bruit des aller-retour incessants des gros cubes des riches guatémaltèques qui s’approvisionnent en essence à la marina ; nous prenons congé de Daniel et Karen de Ram Marina qui ont pris soin de notre bateau et nous pouvons entreprendre la descente du Rio Dulce, le 26 février.

En trois heures nous gagnons Texan Bay un mouillage tranquille à l’extrémité du Golfété, qui permet de mouiller au calme avant de gagner le mouillage exposé de Livingston où se fait la clearance.

Au lever du jour, le 27 février, nous commençons une longue et éprouvante journée. Nous franchissons les presque 10 Milles de l’étroit couloir qui relie le Golfété à la mer avec le lever du jour. Cette étroite voie navigable encaissée dans la forêt tropicale est baignée de la brume matinale. De nombreux échassiers font leur toilette sur les branches de la berge. Après les belles propriétés de l’entrée du détroit nous passons devant des habitations plus modestes, voire très pauvres où les femmes font la lessive dans le fleuve. Nous croisons de nombreuses lanchas qui amènent les gens au travail entre Livingston et Rio Dulce, le fleuve étant le moyen de transport le plus rapide. Nous arrivons à Livingston vers 8h30 et notre clearance nous attend chez Raul, l’agent local que j’avais contacté par WhatsApp. Il a préparé nos papiers, contre 760 Qtz (environ 85 €) et nous devrons juste attendre une vingtaine de minutes qu’il aille faire viser nos passeports à l’immigration ; le temps de manger une glace et d’acheter quelques légumes frais avec nos derniers Quetzals.

A 9h40 après avoir remonté l’annexe, nous levons l’ancre. Au revoir Guatemala !

Nous mouillons 17 milles plus au Nord, devant Punta Gorda au Bélize. Au bout du petit quai de béton se trouvent, dans le même immeuble, l’immigration, la douane, le contrôle sanitaire et les services portuaires. Trois agents, nous attendent à l’ombre de l’immeuble, ils nous prennent notre clearance du Guatemala se répartissent les divers exemplaires et nous enchainons les divers bureaux : immigration, douane, contrôle sanitaire, autorités portuaires, sommes délestés de 327 $B (1$B=0.5 US$) dont 10 $B pour l’accostage en annexe ! On se sent toujours un peu rackettés dans ce genre de pays ! Bref ! Nos formalités sont expédiées en un temps record, et nous pouvons lever l’ancre avant 15 heures pour gagner un mouillage désert et tranquille, 10 milles plus loin ou nous mouillons, content de l’enchaînement parfait de nos formalités. Mais nous ne pourrons pas souffler !

A peine sommes-nous ancrés que j’enfile un maillot et saute à l’eau, frustrée de baignades depuis notre arrivée au soleil. En effet les eaux guatémaltèques des lacs et du Rio Dulce ne sont pas vraiment engageantes, entre la pollution et les crocodiles, et surement d’autres bêbêtes. De retour vers le bateau, je découvre deux jets d’eau qui sortent sur les flancs de la coque des orifices de pompes de cales. Je nage vite vers le bateau et j’entends Philippe me dire : « Viens vite nous coulons ! ». La fuite était déjà colmatée : le soufflet nitrile du joint tournant (joint qui fait l’étanchéité à la sortie de l’arbre d’hélice) avait reculé, l’une des extrémités coté étambot, s’étant surement desserrée ou rétreinte à cause de l’assèchement prolongé. Nous avions vérifié lors de la mise à l’eau, c’est la première chose que l’on fait toujours, mais l’incident a dû se produire au cours de cette longue journée de moteur. Et, erreur qui aurait pu être fatale, les pompes de cale n’étaient pas sous tension, ce qui explique qu’elles ne se sont pas mises en route, nous alertant avant que les planchers ne flottent, ce qui était le cas ! Comme quoi même avec de l’expérience on peut encore commettre des erreurs ; et on apprend toujours ! Nous passons le reste de la soirée et la matinée suivante à vider l’eau, sécher, rincer. C’est l’occasion d’un sérieux nettoyage des fonds qui en avaient bien besoin après le sablage. Philippe répare sérieusement le joint tournant qui reste plusieurs jours sous surveillance.

Le 28 février, nous gagnons un mouillage derrière un petit caye : Rancuana Cay signalé par les guides. Nous sommes accompagnés par trois dauphins à l’arrivée. A part probablement un beau site de snorkeling et trois palmiers, il n’y a rien. Nous y passons une nuit un peu agitée car il n’y a pas vraiment d’abri. Nous nous trouvons vers l’extrémité de la barrière de corail, exposés à l’océan. Les conditions météo sont très calmes heureusement. Nous voulions y passer une journée de repos, mais vu les conditions, après une baignade matinale, nous repartons vers le Nord.

Après une belle journée de navigation moitié à la voile, moitié au moteur, en serpentant entre les cayes, nous arrivons à Pelican Cay. C’est un mouillage au milieu d’ilots coraliens recouverts de mangrove et entouré d’une barrière de corail, dans lequel on entre en slalomant entre les zones d’eau claire indiquant les hauts fonds. Nous prenons une bouée car c’est un peu trop profond pour mouiller. Les bouées sont gérées par la famille Hideaway qui tient un restaurant/lodge sur l’une des cayes : Hideaway Cay, et est particulièrement accueillante.

Nous passons une journée dans cet agréable endroit. Nous nageons sur la barrière de corail qui recèle de merveilleux fonds avec des arborescences de gorgones, de plantes aquatiques, diverses et variées, colorées et très belles, sans oublier les jolis petits poissons. Enfin petits ! Un soir, un énorme barracuda tourne autour du bateau, heureusement que nous ne l’avons pas rencontré alors que nous étions dans l’eau ! Philipe en profite pour refaire une antenne GPS au traceur ; elle avait été endommagée lors du démontage. Nous débarquons au restaurant familial et dinons les deux soirs d’un délicieux repas cuisiné par Kim. Nous rencontrons et discutons brièvement avec d’autre navigateurs, des Américains principalement. Le second soir, nous sommes les seuls hôtes et pouvons discuter un peu plus avec Dustin, Kim et Ama leur fille. Ils vivent depuis de nombreuses années sur cette caye où ils ont bâti leur nid et paraissent très heureux de vivre en autonomie au milieu de nulle part, sur des constructions en bois, sur pilotis, joliment aménagées. Finalement ils voient de nombreux navigateurs de passage qui utilisent leurs bouées. Une belle rencontre, une belle étape !

Et le 3 mars nous repartons ver le Nord pour une étape de 18 Milles. Le vent s’est levé mais pile dans le nez, c’est donc au moteur que nous reprenons notre slalom dans les zones profondes au milieu de ces innombrables cayes. Ces îles sont très souvent privées avec des petites habitations sur pilotis au toit de paille, ou de beaux hôtels.

Nous stoppons pour passer la nuit devant un grand hôtel à Coco Plum Cay. Une escale sans grand intérêt, l’hôtel ne montrant aucun attrait. La soirée et la nuit sont agités car une phase de temps orageux à grains est en train de passer. Nous mettons l’alarme de mouillage sur notre téléphone car nous en sommes pas très sûr de la tenue de notre ancre. Ces fond coraliens sont en calcaire assez dur recouvert d’une fine couche de sable, rien où l’ancre puisse tenir sauf à se prendre dans une tête de corail, ce qui est en l’occurrence le cas et nous permet de ne pas déraper malgré les rafales de vent.

Pour les novices : l’application d’alarme de mouillage permet de définir un cercle dans lequel il est normal que le bateau se déplace. L’appareil enregistre le point GPS en permanence et si le bateau sort du cercle, une alarme se déclenche. Et ça marche !

Une belle navigation au près bon plein, avec une belle brise, nous permet de gagner Blue Field Range le matin du 4 mars, où nous mouillons à l’Ouest d’un groupe de petits ilots recouverts de mangrove. Nous arrivons à poser notre ancre dans une zone sablonneuse afin d’assurer une nuit tranquille. Le mouillage est plus fermé et calme que le précédent. Nous partons en annexe à la recherche de lamentins qui sont, parait-il, courants dans cette zone. Recherche infructueuse, rien à signaler à part des cormorans, des pélicans, de multiples échassiers et une attaque de taons ! Nous observons des chasses de poissons les plus gros essaient d’attraper des petits en faisant des sauts hors de l’eau. Le site est vraiment joli mais un peu désertique.

C’est avec la joie de nous reciviliser un peu que nous repartons le lendemain en fin de matinée après avoir encore nagé dans cette belle eau turquoise.

Nous sommes accompagnés d’une bonne brise pour rejoindre Cucumber Beach Marina 18 milles plus au Nord-Ouest. Nous sommes accueillis par un personnel très aimable qui nous arrange un déplacement en taxi le lendemain pour faire notre clearance de départ. Le matin nous partons donc avec Alex le chauffeur de taxi. Matin car, il nous a bien été spécifié que c’était hasardeux le vendredi après-midi, ils sont déjà non officiellement en week-end. Nous faisons un premier arrêt à l’immigration où après avoir remplis mains papiers et avoir déboursé 90 $B, nos passeports sont tamponnés ; puis au fin fond du port de commerce le taxi nous dépose devant les « Customs » qui nous abreuvent encore de paperasserie et nous délivrent gracieusement notre clearance. Il est vrai que l’ambiance n’est pas très laborieuse dans le bureau : un qui bosse, trois qui scrollent sur leurs téléphones ! Nous passons vite fait au supermarché faire le plein de produits frais et sommes de retour 2 heures plus tard à la marina. Si la ville de Belize City n’a aucun intérêt et bien la côte non plus, elle est plate bordé de mangrove et d’une route passagère aussi engageante et encombrée que les routes du Guatemala. Le site de la marina est un petit coin qui semble préservé avec de jolis cottages colorés, et un site de loisir avec piscine et bars. C’est tout de même très peu fréquenté comme un peu tous les complexes hôteliers aménagés sur les cayes.

Nous finissons la préparation du bateau pour une traversée de 6 jours vers les USA. Nous décidons de tenter notre chance au Mississipi. Les conditions météo sont favorables. Au départ au moins 24 h un peu pénible au près avec 20 nœuds de vent puis nous allons abattre et le vent devrait mollir un peu. En espérant que les Américains nous ferons bon accueil. Nous avons tenté de soumettre une demande sur le site de CBP Roam mais on nous a répondu de refaire la demande quand nous serons dans les eaux territoriales. On aura bonne mine une fois là-haut s’ils nous refusent !!!!

Nous passons encore de belles soirées avec un couple de Canadiens, Magali et Rémi, qui voyagent l’hiver sur un joli Wauquier, et rentrent l’été dans leur pays. C’est toujours très sympathique de rencontrer des gens qui vivent si loin et partagent les mêmes valeurs, les mêmes passions.

Nous quittons donc le Belize demain.  Nous avons eu notre comptant de baignades de mouillages turquoise, un peu frustrés de ne pas voir vus d’animaux comme nous l’espérions. Nous avons fait peu de rencontre ! !s car c’est vraiment désert, mais la qualité des relations y était.

Info de dernière minute, le départ de demain est peut-être compromis, déjà ça souffle quand même assez fort pour l’instant et un front froid non prévu arrive pour le 12 mars, donc il faudra être à l’abri avant ! Nous allons sûrement revoir notre destination ! A suivre !