Tobago

Nous débarquons le dimanche 10 mars pour faire nos formalités de départ de La Barbade. Il est trop tôt pour un dimanche, il nous faut attendre 11 heures que l’officier d’immigration rejoigne son bureau. On nous avait pourtant dit que le bureau était ouvert de 8h à 10 heures le dimanche ! Allez y comprendre quelque chose ?

Nous quittons donc La Barbade en milieu de journée direction Sud-Est vers Tobago. En fait de direction Sud-Est nous devons dévier notre cap d’au moins 20 degrés vers le Sud pour compenser le courant Sud équatorial (je ne me trompe pas, il remonte dans l’hémisphère Nord) non négligeable qui nous repousse vers le Nord-Ouest réduisant également notre vitesse. Mais pas de soucis, nous sommes dans l’ambiance caraïbe, nous avançons tout de même à une allure agréable, vent de travers avec un vent d’une quinzaine de nœuds. La mer est belle et la traversée agréable. Après avoir parcouru 130 milles et passé une belle nuit sous les étoiles, nous arrivons le lendemain en fin de journée, à « Man O War Bay » au Nord-Est de l’île de Tobago.

Le 12 mars au matin nous débarquons à Charlotteville au fond de la baie et partons accomplir nos formalités d’entrée. Si c’était décontracté à La Barbade, ici, c’est pire ! Il faut tout d’abord trouver l’officier du contrôle sanitaire. Après avoir un peu déambulé dans le village, nous être renseignés à l’Office du Tourisme où il devrait se trouver, nous la croisons par hasard dans la rue. Une fois votre « Health clearance » en main, il faut nous rendre à l’étage de l’hôpital un peu plus haut dans le village pour passer au bureau des douanes et à ceux de l’immigration. Les formalités à Tobago ont la réputation d’être très compliquées. Mais en dehors de la pléthore de papiers à remplir, il n’y a rien de bien difficile, et les officiers sont très souriants et gentils. Cela nous a pris tout de même la matinée ! No stress ! Les formalités sont payantes ici ; 50 US$ pour deux personnes : il ne faut pas oublier de passer à l’ATM (distributeur bancaire) avant. Sachant que si on veut aller dans la secteur Sud de l’île, il faut recommencer le même cirque à Scarborough, que si nous voulons aller dans une autre crique au Nord, il faut aller chercher un « cruising permit » auprès des douanes, et que les mouillages ailleurs sont très rouleurs… nous allons rester dans cette baie !

Charlotteville est un village typique, niché au cœur de la forêt au fond de la baie, où tout le monde se connait, vous dis bonjour dans la rue. Il est habité par une population de pêcheurs qui rangent leurs barques sur la plage ou au mouillage devant. Nous cherchons à acheter une carte sim car la carte achetée à La Barbade n’est plus valable. Qu’à cela ne tienne nous demandons dans la rue et un monsieur prend son téléphone, appelle Mrs Moore qui les vend à son domicile, et nous conduit chez elle. Ce petit village dispose tout de même d’un certain nombre de services : une petite épicerie, un marchand de poisson (tout frais arrivé de la pêche), une marchande de fruits et légumes dans une baraque sur la plage, une station-service, un ATM, une bibliothèque (étonnant vu le nombre d’habitants) et quelques bouisbouis, je n’ose pas les nommer restaurants ou bar, mais j’y reviendrait ! Et bien sûr l’hôpital, le cimetière à flan de colline, le poste de police, l’office de tourisme et le stade de foot.  

Nous louons une voiture à Charles à Charlotteville pour visiter l’île. Les formalités de location sont des plus simples, pas de contrat de location. Charles se contente de photographier le permis de Philippe et c’est parti ! Au retour ce sera tout aussi simple. La voiture n’est pas des plus neuves, ni dans un état impeccable, mais correcte et c’est parfait pour les routes locales. Le Nord de l’île est recouvert d’une magnifique forêt tropicale primitive des plus luxuriantes. Les espèces les plus exotiques y sont représentée : kapoks, flamboyants, cacaotiers, bananiers, manguiers, bambous énormes ; tous envahis par des épiphytes où on reconnait toute sorte d’orchidées. Le centre est une zone protégée, de nombreux sentier de randonnée s’y perdent. Les routes sont principalement sur le pourtour de l’ile très escarpé et découpé, si bien qu’elles sont très sinueuses, défoncées et débouchent sur de beaux paysages sur les baies et la mer. La circulation y est pénible, déjà par la conduite à gauche, mais surtout par l’habitude locale de s’arrêter n’importe où pour se garer, virages y compris. Le bétail pait tranquillement sur le bord de la route. Seules deux ou trois routes traversent cette île toute en longueur. Nous nous arrêtons sur le sommet de « Flagstaff Hill » pour admirer la vue sur la baie de Charlotteville, nous marchons jusqu’à la cascade « Argyl Falls », et allons prendre un bain à « Bloody Bay », une baie aménagée mais qui semble abandonnée ; il faut dire que la baignade est plutôt dangereuse avec le ressac. L’ile est orientée Nord-Est Sud-Ouest, c’est-à-dire quasiment dans l’axe des alizées ; en conséquence, on trouve des anses abritées du vent des deux côtés mais la houle entre plus ou moins dans les baies. Aucune n’est complétement abritée et du vent et de la mer, même à « Man O War Bay », la plus fermée des baies, la houle est sensible, le débarquement en annexe sur la plage demande de la vigilance, et nous vaut quelques trempettes non prévues.

Le lendemain nous nous rendons au Sud de l’île pour passer à la capitale Scarborough, qui ne présente aucun intérêt. Une ville qui grouille de monde avec des « magasins » de souvenirs ou vêtements pour les touristes qui débarquent du bateau de croisière amarré au port, des stands de fast food partout. Il n’y aucun bâtiment typique. Le seul site intéressant se trouve à « Fort King Georges », une ancienne fortification qui abrite un musée retraçant de façon un peu brouillonne l’histoire de l’île : des différentes ethnies indigènes qui l’on peuplée, aux guerres entre Français, Anglais, Néerlandais et Espagnols du XVII et XVIII siècles, jusqu’à la domination britannique et l’indépendance en 1962. Les Histoires de toutes ces îles caraïbes se ressemblent finalement beaucoup.

Nous poussons jusqu’à Pigeon Point. La pointe Sud de l’île est une magnifique plage de sable corallien entourée d’un atoll. Le site est extrêmement touristique aménagé pour les loisirs, baignade, kite, planche, découverte des fonds, bars à l’européenne. Un peu déçus par le Sud de l’île plutôt sec et urbanisés, nous rentrons vite à Charlotteville pour aller fêter l’anniversaire de Philippe au restaurant.

La gastronomie ici est très américanisée à la mode caraïbe. On ne trouve pas de restaurant comme on l’entend en Europe, c’est-à-dire un endroit où vous êtes servis à table avec un certain choix de mets, entrée, plat, dessert etc… De très nombreuses baraques vendent des plats cuisinés sur place, présentés dans des barquettes en polystyrène. Il y a au mieux le choix entre 3 ou 4 menus avec 4 ou 5 accompagnements. Cela va de la viande en ragout au poulet grillé quand vous avez de la chance avec des pois, des pommes de terre, des pates ou du riz accompagné de salade ou de légumes. Le tout cuisiné avec des épices et toujours très gouteux. En général on repart avec sa barquette, des couverts en plastique, un soda ou une bière ; et on trouve un endroit pour s’assoir quelque part. Très rares sont les endroits offrant une table pour manger du style fast food… Nous avons tout de même trouvé un restaurant avec une salle en terrasse à Charlotteville pour fêter l’anniversaire de Philippe. Il n’y a que des crevettes grillées ou du poulet, (les crevettes sont excellentes soit dit en passant !), servies avec divers accompagnements, mais pas d’entrée, de dessert, ni de glace. Nous arrivons tout de même à négocier qu’on nous serve des cocktails au rhum en apéro, mais voyant que ce n’est pas du tout dans les habitudes, nous n’essayons même pas de demander un verre de vin ! Une bouteille d’eau fait l’affaire. Les bars sont également très rares, ce qu’ils appellent bar est généralement un simple débit de boisson sans table, sans salle ni terrasse, c’est dommage ! Par contre les gens dans la rue on presque tous une bouteille à la main.

La vie est cool à Charlotteville entre deux baignades, la musique les soir de weekend, les incantations du prédicateur local un soir par semaine (ce n’est pas trop notre truc !), les balades dans la forêt, les apéros entre Français : nous faisons la connaissance de Fanny et Damien et de leur garçon de cinq ans sur un RM et de Basile sur « Ulmo » sur la route de retour de deux ans autour du monde.  Nous observons les oiseaux qui pêchent toute la journée dans cette baie poissonneuse : frégates, pélicans, sternes à tête noire.  Il manque juste un bar !

Mais il va falloir bouger un peu. Nous partons le mardi soir 19 mars vers Grenade, une étape de 85 milles.