Transat 2024

Le 15 fĂ©vrier après avoir patientĂ© une heure que l’officier d’immigration vienne nous tamponner nos passeports, nous pouvons faire le plein de gasoil et enfin vers 13 heures larguer les amarres de Mindelo. Le passage entre Sao Antao et Sao Vicente, fortement ventĂ©, ne faillit pas Ă  sa rĂ©putation. Nous prenons un ris en prĂ©vision et ne dĂ©roulons qu’un petit bout de gĂ©nois pour essuyer des rafales Ă  25-30 nĹ“uds, ça commence bien ! Mais cela ne dure pas, nous nous retrouvons bientĂ´t Ă  l’abri de Sao Antao et nous devons nous dĂ©gager au moteur car c’est vraiment dĂ©sagrĂ©able, la mer est restĂ©e très agitĂ©e.

Nous trouvons bientĂ´t l’allure qui va nous accompagner 5 jours durant, grand largue, un ris, le gĂ©nois pas mal enroulĂ© pour un vent de Nord-Est avec des rafales Ă  25 nĹ“uds, la mer est assez agitĂ©e et nous roule dans tous les sens. Les premiers jours ne sont pas très ensoleillĂ©s car l’harmattan toujours prĂ©sent voile pas mal le soleil. Il faudra d’ailleurs attendre le milieu de la traversĂ© pour avoir enfin un horizon clair, et espĂ©rer admirer de beaux couchers ou levers de soleil. Nous manĹ“uvrons peu, le vent restant très soutenu, avec une accalmie qui nous permet de relâcher le ris, vite repris car les rafales reviennent de plus belle.  Nous avançons bien Ă  ce train et parcourons plus de 150 milles par jours.

Le cinquième jour le vent tourne Ă  l’Est, nous installons le tangon sur tribord et la grand-voile sur babord et continuons Ă  avancer Ă  vive allure en prenant parfois un ris et en enroulant plus ou moins le gĂ©nois pour que le bateau reste bien manĹ“uvrant pour notre fidèle rĂ©gulateur d’allure Vany. Celui-ci est tout content d’avoir Ă©tĂ© soigneusement graissĂ© ce qui a bien amĂ©liorĂ© ses performances. Il prend un peu de libertĂ© au bout de 10 jours de travail et a besoin d’un petit tour de vis. En clair les fixations et divers boulonnages ayant pris du jeu, il commence Ă  vibrer très bruyamment et Philippe doit (bien attachĂ©) aller dans la jupe pour resserrer un peu tout cela. Notre course folle au travers de l’Atlantique se poursuit Ă  son rythme effrĂ©nĂ© pendant encore 6 jours.  A partir du douzième jour le vent faiblit et oscille entre l’Est-Sud-Est et l’Est-Nord-Est, mais malheureusement cela ne devient pas plus confortable pour autant, car la mer reste plutĂ´t agitĂ©e.

Les derniers jours nous manĹ“uvrons un peu plus pour continuer Ă  avancer, en empannant tantĂ´t le gĂ©nois, tantĂ´t la grand-voile. Lors d’une de ces manĹ“uvres la poulie du rail de tangon en plastique, vieille de plus de 20 ans, explose. Elle nous permettait de ranger le tangon le long du mat facilitant sa manipulation. Ce n’est pas bien grave mais cela ne facilite pas les choses Ă  Philippe.

Peu avant cet incident, je me disais que nous avions de la chance de ne pas avoir eu de problème technique lors de cette traversĂ©e. Pour me faire mentir un peu plus, le vit mulet (attache de la bĂ´me sur le mat) casse Ă  nouveau, trop sollicitĂ© par le vent instable. Ce point faible du grĂ©ement nous enquiquine rĂ©gulièrement. Nous affalons donc et ficelons la grand-voile pour ne rien casser d’autre et terminons les quelques 24 heures de fin de transat, soit sous gĂ©nois, soit sous gennaker, soit un peu au moteur lorsque les conditions deviennent trop instables Ă  la voile faute de vent.

Nous restons un peu sur notre faim de beaux couchers et levers de soleil. Il faut attendre que l’harmattan s’estompe, et ce n’est que les cinq derniers jours que le ciel s’enflamme de belles couleurs orange, avec un rapide rayon vert, pendant l’un des rares coucher de soleil sans nuĂ©es au raz de l’horizon, et bien sĂ»r nous l’avons regardĂ© sans penser Ă  une quelconque photo !

Mais qu’en est-il du moral de l’Ă©quipage ? Le vent soutenu, la vitesse Ă©levĂ©e du bateau gĂ©nèrent en plus des vagues qui nous ballottent, des claquements, des craquements, des coups de gite. Il faut bien s’adapter aux conditions très inconfortable. Nous retrouvons d’ailleurs le mĂŞme schĂ©ma que lors de notre première transat en 2017. J’ai quand mĂŞme l’impression que la mer avait fini par se calmer un peu plus tĂ´t ou bien je le supporte plus difficilement ? Il est difficile pour moi de trouver le sommeil certaines nuits et la fatigue s’accumulant, certaines journĂ©es sont très brumeuses. Heureusement nous n’avons pas beaucoup Ă  manĹ“uvrer le bateau marchant tout seul barrĂ© par Vany ; quelques rĂ©glages de l’angle de barre ou de l’aĂ©rien seulement par moments. Nous nous sentons bien seuls car nous ne voyons absolument aucun bateau, ni mĂŞme sur l’AIS pendant au moins 12 jours. Les sargasses prĂ©sentent dans l’eau tout le long et quelques oiseux visiteurs pour seules compagnies !

Nous reprenons un rythme dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ© des quarts de 3 heures la nuit, chacun deux ; je fais la cuisine, Philippe la vaisselle ; la question fondamentale du jour Ă©tant : « Qu’est-ce qu’on mange ? ». La matinĂ©e passe assez vite, entre le petit dĂ©jeuner qui s’Ă©ternise, la petite sieste du premier rĂ©veillĂ©, la toilette dans la jupe avec l’horizon pour spectacle, et la communication par satellite. Les après-midis sont plus longues, lecture, mots-croisĂ©s, lecture, une petite sieste, une partie de scrabble, un peu de musique…

Nous apercevons les lumières de La Barbade à la tombé de la nuit du 29 février, et doublons la pointe Nord au lever du jour pour mouiller notre ancre devant Port Saint Charles à 6h45 locales (TU-4) ; bouclant ainsi une traversée de 2130 milles en moins de 15 jours.

Nous sommes bien contents d’ĂŞtre arrivĂ©s, de pouvoir enfin dormir sans ĂŞtre ballotĂ©s de tous bords, et d’avoir une belle Ă®le paradisiaque Ă  visiter comme rĂ©compense. Le bilan technique n’est pas trop mĂ©chant, un peu de boulot pour le technicien du bord. Nous avons mangĂ© des fruits frais jusqu’Ă  la veille de notre arrivĂ©e et notre rĂ©serve d’eau n’est vidĂ©e que d’un peu plus de la moitiĂ©.

Merci à tous pour les messages de soutien reçus par satellite.