Transat-Vers les Acores

Le 7 mai nous débarquons un dernière fois pour faire nos formalités au poste de douane de St Georges où, il y a foule ce matin. Beaucoup de bateaux profitent du créneau météo. Leur informatique est un peu défectueuse et ralentit encore le processus, nous attendons une heure avant de ressortir avec la bénédiction des autorités pour repartir. Il faut encore s’occuper de ranger l’annexe ; ce qui nous prend encore une heure et nous pouvons enfin lever l’ancre à 11 heures locales.

Notre traversée commence au moteur, puis le vent se lève, nous poussant de façon bien agréable la nuit et une partie de la journée du 8 mai. Dans la soirée nous abordons notre premier front froid. Le vent tourne du Sud-Ouest au Nord-Ouest puis au Nord en fraichissant, rendant la navigation inconfortable puisqu’on se retrouve vent de travers, avec plus de 20 à 25 nœuds de vent. Les logiciels de routage nous proposent de monter rapidement vers le Nord au-delà de 38° afin d’éviter les zones anticycloniques sur notre route et de profiter de vents portants. Mais les prochains fronts qui se profilent dans les prévisions ne sont pas aussi cool que celui que nous subissons. Nous décidons donc de ne pas dépasser le 36 °N. Il faudrait même descendre bien plus Sud afin d’éviter un front qui se profile le 19 mai au Sud d’une vaste dépression très active. Ce choix nous amène devant une zone anticyclonique les jours qui suivent, nous obligeant à marcher au près, tirer un bord puis faire quelques heures de moteur pour en sortir.

Nous abordons un second front froid le 13 mai, un peu plus costaud avec le même scénario : vent portant de Sud-Ouest puis de Nord-Ouest, nous obligeant à empanner. Le vent monte avec la bascule et nous essuyons des rafales à plus de 30 nœuds. Nous avons réduit la grand-voile à 2 ris et enroulé totalement le génois. La mer devient forte. Une déferlante claque sur la jupe, remplit le cockpit, heureusement nous étions à l’intérieur. La situation est très inconfortable bien que nous soyons au portant, les vagues nous bousculent dans tous les sens. Quand le vent faiblit légèrement nous envoyons la trinquette et avançons bien dans la trainée de ce front pendant 24 heures. Puis le vent tombe à nouveau et nous traversons une nouvelle zone anticyclonique avec des vents variables et nous devons quelques fois mettre le moteur. La tactique est de monter un peu vers le Nord pour contourner les zones anticycloniques et de descendre le plus au sud possible dans les fronts froids afin d’éviter les vents trop violents.  La météo est très instable, et chaque jour n’amène pas la même vision au-delà de 4 jours. Ça complique un peu les choses pour avoir une vision à long terme.

Le 16 mai la dépression prévue le 19 se confirme et se révèle très étendue : soit il faut piquer plein Sud pour l’éviter et rapidement, avec peu de certitude sur le temps au-delà, (portant ou près ? vent pas de vent ?) ; soit nous restons sur notre 36° N et subissons des rafales à plus de 30 nœuds pendant 24 heures. Le bateau se comportant bien nous optons pour cette seconde option, d’autant plus qu’une dépression qui s’annonçait sur Horta le 21 mai, jour supposé de notre arrivée, décide finalement de rester plus Nord. Donc, fini de tergiverser, nous mettons le cap directement sur Horta.

Comme prévu le vent se lève dans la nuit du 18 au 19 mai, nous avons pris nos deux ris et enroulé le génois. Nous essuyons de fortes rafales pendant la nuit, proches de 40 nœuds. La journée du 19 mai se poursuit très ventée avec un vent de 25-30 nœuds voire plus. Puis dans la soirée un regain de violence de la tempête, avec de nouveau des rafales à plus de 40 nœuds, la mer devient vraiment mauvaise et je dois pendant un moment prendre la barre car notre brave Vany a du mal à compenser les violentes attaques des vagues. Heureusement cet épisode dure peu et Vany reprend son service. Nous adaptons l’allure presque plein vent arrière afin de stabiliser le bateau, tant pis si ce cap s’éloigne un peu de la route souhaitée.  Enfin dans la journée du 20 mai le vent commence à tomber un peu et nous pouvons renvoyer un peu de toile.

Notre régulateur d’allure « Vany » en plein travail

C’est, poussés par un vent encore bien établit que nous passons notre dernière nuit et arrivons en vue de Faial dans la matinée. Nous jetons l’ancre sous la pluie dans l’avant-port de Horta à 16 heures TU (heure locale). Notre route vers l’Est nous a fait perdre 3 heures à l’horloge depuis les Bermudes. Nous avons parcouru 1982 milles au lieu de 1785 milles en trace directe, en 14 jours et 2 heures.

Nous sommes bien heureux d’être enfin arrivés après cette transat très mouvementée et éprouvante aussi bien physiquement que mentalement à cause de cette météo très instable. 

Nos copains du « Mabrouk » (Silvia et Francis) sont partis de St Georges quelques heures après nous. Tous les jours nous communiquons avec eux échangeons sur la stratégie à suivre, prenons des nouvelles de leur progression et nous nous remontons le moral mutuellement. Nous sommes également en contact avec l’équipage de « La Belle Aventure » que nous avions rencontré au Guatemala et avec lesquels nous étions resté en contact. Ils sont partis le 1er mai des Bahamas et nous suivent 100 à 200 milles derrière, mais plus au Nord. Bien que nous ne rencontrions aucun bateau en dehors de quelques cargos, c’est très réconfortant de savoir que d’autres partagent ces moments intenses. Nous ne loupons aucune journée de communication grâce à notre antenne Starlink (vive le modernisme !). Les messages envoyés à nos proches chaque jour amènent aussi des encouragements très appréciables.

Tracé de notre route sinueuse.

Drapeaux rouges : nos Way Points

Drapeaux verts : route 2019

Croix noires : « La belle Aventure »

Croix rouges : « Mabrouk »

Nous traversons heureusement des moments de calmes entre les fronts où nous faisons sécher le bateau surtout après le premier front très pluvieux, nous dormons un peu mieux la nuit et pouvons cuisiner des plats chauds que nous n’aurons qu’à réchauffer lors du prochain épisode venté. Il fait froid et humide à bord. Nous apprécions la visite de dauphins presque chaque jour qui surfent avec nous dans les grosses vagues. C’est toujours un immense plaisir ! Nous ne pouvons pas admirer beaucoup de lever ni de coucher de soleil ; ce dernier restant la plupart du temps caché derrière les nuages. Une panne de gaz ajoute un peu de suspense à cette traversée. La bouteille de gaz propane changée aux US s’est vidée d’un coup : une fuite suite à de trop grosses secousses et un sertissage mal fait. Nous remettons en place la bouteille de butane entamée en espérant qu’elle tienne jusqu’au bout. Ce qui fut le cas !

Nos amis les dauphins nous accompagnent

Une transat retour mouvementée et épuisante. Nous ne ferions pas cela tous les jours et n’avons même pas envie de le refaire ! Nous allons pouvoir nous poser un peu aux Açores, ces jolies iles que nous adorons.  Le port d’Horta est très encombré et animé, en pleine saison de transat retour des équipages européens. Nous passons quelques jours, en joyeuses retrouvailles avec les copains navigateurs. La Belle Aventure est arrivée le lendemain et Mabrouk le 23. Et nous attendons des renforts d’équipage pour la suite…