Les derniers préparatifs sont finalisés le 12 mars après midi : avitaillement complet, sachant qu’à Cuba nous ne trouverons pas tout ; le 13 matin derniers réglages dans la grand-voile, notamment l’achat d’une bosse pour le second ris devenue trop courte ; vers onze heures, Françoise et Roland nous amènent de justesse la batterie pour la télécommande du pilote, arrivée chez eux ce matin. Un plein du réservoir de gasoil est effectué au ponton de la marina dédié, il semble que nous allons en avoir besoin ! Nous pouvons larguer les amarres vers treize heures et enfin prendre le large. Peu de vent s’annonce, il va falloir être patients.
Nous passons l’après-midi à sortir de la Baie de Pointe à Pitre en longeant Basse-Terre et à nous dégager de l’île. Les dernières simulations faites sur un routeur, nous montrent qu’il n’y a absolument pas de vent sur la route directe et cela pendant plusieurs jours. Nous partons donc vers le Sud-Ouest pour chercher un peu de vent.

Nous passons les trois premiers jours à ce cap en alternant les périodes sous voile où nous arrivons à avancer un peu, aidés par un courant bienvenu, et quelques périodes de moteur quand les voiles se mettent à battre dans tous les sens, nous agaçant encore plus que le moteur ! Nous arrivons à naviguer plus de 24 h à la voile sans faire des moyennes extraordinaires malgré le gennaker, pour retomber dans une zone de calme où nous nous retrouvons dans les conditions de premiers jours et même pire. En effet la journée du 18 mars c’est la pétole totale, il fait même très chaud en pleine mer, nous arrêtons le bateau et nous baignons. Cet exercice est extrêmement rare, il faut vraiment que vent soit nul et que le bateau n’ait aucune erre pour faire ce genre de chose sans danger.



La vie s’organise à bord. Comme vous pouvez l’imaginer avec ces conditions bien molles, il n’y a pas grand-chose à faire en dehors de manger et de lire. Le 15 mars, nous fêtons l’anniversaire de Philipe en nous offrant un apéro un peu plus complet que d’habitude, et en dégustant un baba au Rhum. Daniel aimerait bien pêcher mais la drague-queen qu’il a mise en appât n’inspire pas les poissons et c’est vraiment lassant de passer son temp à démêler les sargasses de la ligne.





C’est le désert total autour de nous, nous croisons quelques tankers et cargos de loin, mais moins d’un par jour. Des globicéphales viennent tourner autour du bateau, mais leurs apparitions sont si éphémères que nous n’avons pas réussi à les prendre en photo. Nous apercevons quelques oiseaux : des paille-en-queue et des fous de Bassan. Les journées et les nuits sont bien monotones mais se suivent inexorablement. La lune éclaire nos nuits, et les levers et couchers de soleil nous émerveillent. Nous avons même pu observer un ou deux rayons verts.



Le 20 mars enfin nous abordons le canal de la Jamaïque, qui sépare cette dernière de Haïti, où nous espérons enfin trouver le vent. Et effectivement un bon vent d’une quinzaine de nœuds se lève la nuit que nous passons au près pour remonter vers le nord. Ça nous change un peu d’être un peu secoué ! Nous prenons un ris pour adoucir les mouvements, nous ne sommes pas pressés, nous voulons arriver de jour, au petit matin du 22. De plus Philippe n’a pas digéré les sardines en boite du repas de midi et il est malade. Son indigestion s’est-elle transformée en mal de mer ou est-ce une bonne crise foie ? Il est vraiment mal et ça dure, si bien que Daniel et moi décidons de nous partager les quarts de cette nuit un peu plus agitée que les autres.
La journée du 21 se passe presque totalement à la voile, poussés par un petit vent redevenu plus calme, mais comme nous sommes au près bon plein ça avance bien.
Nous trainons la nuit du 21 au 22 pour arriver au lever du jour à Santiago. Nous rentrons dans la baie, accompagnés du lever du soleil qui éclaire les magnifiques montagnes vers l’Ouest. Nous avons parcouru 1040 milles en 8 jours et 19 heures, ce qui ne figurera pas dans le livre des records !


Après un appel à la VHF nous sommes accueillis par un marineros de la Marina Marlin de Santiago et l’officier d’immigration au bout d’un des quais délabrés. Celui-ci, très affable, nous invite à le rejoindre dans son bureau où il nous enregistre, photos, prise d’empreintes, etc.. Ça s’est bien modernisé en 6 ans. Il nous dit, ensuite, d’attendre le médecin à bord. Ce dernier arrive environs 45 minutes plus tard et là nous voyons que la modernisation n’est pas arrivée dans tous les services. Il remplit méticuleusement ses imprimés, recommence car il a fait une erreur « tranquille !» – Prononcer à l’espagnole, expression courante ici. Il nous demande à visiter le bateau, la pharmacie et inspecte les conserves et, au passage, nous chourave une boite de confits de canard, de pâté Hennaf et une boite d’antibiotiques soi-disant hors la loi, car elle est un peu périmée. Il demande la permission de les emmener, mais comment refuser !! Nous devrons ensuite retourner dans son bureau remplir encore plusieurs imprimés où il s’excuse de ses larcins en nous expliquant que la vie est de plus en plus rude. Nous rencontrons ensuite la muchacha qui gère la marina qui nous fait nous acquitter des nuitées au mouillage et des droits administratifs et, nous délivre nos visas, que nous devons faire tamponner par l’officier d’immigration. Tout se déroule dans divers bureaux de la marina, dans la bonne humeur, sans précipitation, c’est le moins qu’on puisse dire !
Nous devons encore trouver une carte SIM, nous approvisionner en produits frais, faire nos lessives, avant de prendre un repos bien mérité.
Mais ce sera l’objet d’un prochain article.











