Nous larguons donc les amarres de la Marina de Cumcumber Beach avec pour projet de naviguer plein Nord, soit directement vers Gulfport, un port du Mississipi situé à 50 km à l’Est de La Nouvelle Orléans, soit de nous arrêter sur la côte Ouest de la Floride en fonction de l’évolution de la météo. Des fronts froids se succèdent sur le golfe du Mexique et il faut passer entre deux.
Nous n’aurons pas l’occasion de nous poser ces questions. En effet, la manœuvre de sortie de notre place est un peu musclée avec la dérive du bateau prise dans le vase et un vent de plus de 20 nœuds de travers. Je dois passer en marche avant de façon urgente, et peut-être, cela a-t-il entrainé des conséquences sur la réparation du joint tournant. En effet à peine avons-nous envoyé la grand-voile, avec deux ris car ça souffle pas mal, que Philippe descend vérifier le joint et m’annonce qu’il s’est remis à fuir. Une nouvelle réparation de fortune est effectuée dans l’urgence. Le pilote non plus ne veut pas fonctionner correctement, malgré les ajustements faits. Cela fait deux points clé défectueux, et il ne me semble pas possible de naviguer en sécurité en ces circonstances. Nous opérons donc un demi-tour et ré-entrons trois heures plus tard dans la marina.
Là commence un périple administratif pour la capitaine et une plongée dans les fonds pour Philippe qui doit trouver une solution étant donné que les ressources sont limitées au Belize. Nous avions fait notre sortie administrative du Belize c’est-à-dire obtenu une clearance de départ pour le bateau et fait tamponner nos passeports par l’immigration. Je dois donc obtenir l’autorisation de ré-entrer sans que cela ne nous coûte encore bonbon. Fortement aidée par Colette la directrice de la Marina qui nous conduit aux différents bureaux, négocie pour nous énergiquement auprès de l’administration et explique le cas d’urgence ; j’obtiens des autorités portuaires un délai d‘une semaine moyennant encore 40 B$ (la première entrée nous avions obtenu jusqu’au 26 mars, mais ils n’en tiennent pas compte). Un officier d’immigration passe à bord gribouiller un « cancelled » sur le tampon de sortie de nos passeports et nous taxe encore de 90 B$ (« pour le déplacement »), puis le lendemain Colette nous conduit chez le douanier qui moyennant encore 40 B$ (et oui c’est dimanche !) nous établit une clearance au 14 mars.
Nous retrouvons nos copains canadiens et avec eux les soirées réconfortantes sur l’un ou l’autre des bateaux. Philippe passe une journée, plongé dans la cale à l’arrière du moteur sur le joint tournant, l’accès n’est vraiment pas facile ! Il modifie un peu sa réparation afin qu’elle soit plus pérenne. Mais il va surement falloir le changer une fois arrivés en Floride. Ensuite il change un câble et remet en place sur le pilote, un vieil indicateur d’angle de barre qu’il avait réparé.
Le 9 mars nous disons au revoir à Magalie et Rémi qui reprennent leur croisière vers les iles du Honduras. Le 10 mars nous faisons une sortie en mer pour tester les réparations, qui semblent tenir. Le pilote fonctionne et malgré des marche-avant-marche-arrière, changements de régime ; le joint ne bouge pas. Bravo le mécanicien ! Le 11 mars nous faisons un tour à Belize City en taxi afin de faire quelques provisions ; nous faisons nos adieux à Colette et aux jolis lézards qui se chauffent au soleil sur les berges ; prenons un dernier bain à la belle piscine d’eau de mer et buvons une dernière bière au bar de Cucumber Beach. Et enfin le 12 mars, un créneau météo se profilant, nous quittons enfin le Bélize en faisant l’impasse sur les tampons de sortie de nos passeports, ça va bien de se faire taxer !








Devant ces problèmes techniques que nous devons résoudre avant la transat retour, nous décidons d’abandonner la traversée du golfe du Mexique jusqu’au Mississipi. C’est un long détour, il est difficile de naviguer sur cette distance en une seule étape avec les fronts froids qui se succèdent sur cette zone à cette période. Et ensuite il faudrait entreprendre la descente de la côte Ouest de la Floride, ce qui fait un long chemin. Tant pis pour La Nouvelle Orléans, cap sur Key West !

Le 12 mars une bonne brise d’Est souffle sur le Sud de la presqu’ile du Yucatan. Nous devons parcourir les 17 milles qui nous permettent de sortir de la barrière de corail en sinuant au moteur dans le chenal principal. Une fois sortis, nous pouvons envoyer le génois pour un beau bord de près qui nous amène, au milieu de la nuit, au Sud du Mexique face à une Caye que nous devons contourner ; et comme le vent est tombé nous repartons au moteur. Nous pensions trouver du courant portant : le Gulf Stream, mais nous le cherchons encore. Il y a bien eu à un moment de la traversée un petit nœud de courant portant, mais pas plus. Peut-être n’avons-nous pas trouvé la veine ? D’après Mercator (nom du modèle qui permet de prédire les courants mondiaux) nous aurions dû ! Le vent est peu présent, nous n’avons pas trop le temps de trainer car un front froid est annoncé pour le 17 sur la zone, aussi alternons nous les moments de moteur et de voile.
Nous terminons le 16 au matin par un beau bord vent de travers avec un vent qui fraîchit un peu pour le bonheur de l’équipage. Les soirs, des orages se développent sur la terre et nous assistons de loin à de beaux spectacles sur les côtes du Mexique. La dernière nuit c’est à notre tour d’en prendre un sur la tête. C’est un moment toujours un peu angoissant : ça pète de partout, il pleut très fort, on ne voit plus rien autour de nous. Nous sommes obligés de faire confiance à l’AIS (système de signalisation par VHF des navires) pour localiser les bateaux et évaluer leur route car le coin est pas mal fréquenté par des tankers, des navires de croisière et autres cargos. Heureusement cet orage n’a pas fait trop se lever le vent. Nous profitons bien de ces jours au large malgré les conditions, en admirant de magnifiques levers de soleil. De grands bancs de sargasses nous obligent à dégager le safran et le régulateur en embrayant le moteur en marche arrière. Nous avons un petit passager clandestin un moment…




Il ne nous reste que 30 milles à parcourir. Nous faisons grâce à Starlink notre déclaration en ligne d’arrivée aux US sur l’application du CBP (Custom and Border Protection) qui nous autorise à entrer et nous enjoint de contacter au plus vite le bureau du CBP du port d’entrée. A 10 milles de Key West, nous voyons arriver un canot des Coast Guards, qui nous demande de mettre en panne, nous affalons donc les voiles et nous laissons dériver. Le canot fait des manœuvres un peu scabreuses dans le clapot, mais ma foi, réussies pour faire monter à bord directement deux agents. Un Français qui fait la traduction (c’est un hasard que ce bi-national ait été à bord et cela nous facilite bien les choses avec leur accent à la noix) et un jeune agent, tous les deux armés jusqu’aux dents. Ils visitent le bateau, pour leur sécurité nous disent-ils ! ?? Puis ils vérifient nos passeports, nos visas, si la procédure d’enregistrement est bien faite. Ils attendent les instructions de leur chef contacté par radio qui doit contrôler de son côté que nous ne sommes pas des trafiquants ou des terroristes, puis après une petite attente ils réembarquent sur leur canot et nous autorisent à repartir. Le skipper du canot n’a pas l’air rigolo du tout, mais les deux gars passés à bord sont très sympathiques, plutôt rassurants et décontractés, si bien, que cela se passe dans une bonne ambiance. Je n’ai pas osé faire de photos de l’intervention, c’est dommage ! Nous arrivons vers 17 heures locales (il est encore 15 heures pour nous à l’heure de l’Amérique centrale) à Key West Bight Marina où nous nous sommes payé le luxe de réserver une place pour quelques jours.
Mais ce n’est pas encore fini ! Nous pensions, vu l’heure, que nous irions au bureau du CBP le lendemain à la première heure. Nous téléphonons par acquis de conscience, et tombons sur une douanière de garde qui veut régler cela tout de suite. Elle nous envoie deux agents depuis l’aéroport où le bureau est ouvert H24. Un quart d’heure plus tard, un douanier affable accompagné d’une jeune femme, en formation nous a-t-il semblé, contrôlent nos passeports s’assurent que nous ne transportons pas de denrée prohibée, sans même monter à bord, et nous délivrent notre « Cruising Permit » qui nous permettra de naviguer en toute liberté dans les eaux des US. Ils nous donnent leur bénédiction pour profiter au mieux de notre séjour.
C’est un peu lourd comme procédure d’entrée par rapport à ce que nous avions vécu il y a 8 ans, mais comme ils sont toujours très sympathiques et courtois, ça passe bien !




Nous pouvons enfin souffler ! Du coup, pour fêter cela, nous nous précipitons au premier restaurant du coin et ça ne manque pas ici, pour commander des plats avec plein de friture à la mode américaine !









