Le dimanche 19 avril nous quittons la « St Augustine Municipal Marina » pour nous rendre à « Oasis Boat Yard & Marina » situé sur un bras un peu plus en amont du plan d’eau. Denise et Olli nous accompagnent pour ce petit bout de promenade dominicale.



Et le 20 avril comme convenu, les très sympathiques patrons de la marina nous accueillent, et nous donnent rendez-vous à 11 heures pour le grutage de Free Vikings. Et là, nouvel ennui, le moteur refuse absolument de démarrer. De guerre lasse, Dan le patron décide de nous haler à l’aide des amarres car le temps presse, on doit effectuer les grutages à l’étale sinon le courant est trop fort. Nous déménageons pour deux jours dans un quartier voisin dans une « Tiny house » que nous avons louée, car il est interdit de dormir à bord à sec. Le quartier est calme et très sympathique avec sa végétation tropicale et ses nombreux écureuils et ratons laveurs qui se baladent dans les jardins.


Nous voici donc à sec, avec deux problèmes à régler. Le safran a effectivement une fuite sur un des conduits du vérin hydraulique, que nous ne pouvons remplacer faute de moyen de sertissage des embouts, il est donc bloqué en position basse. Quant au moteur, il s’avère que le démarreur est complètement mort de chez mort ! Après maints coups de téléphone, une tentative de le faire réparer, nous finissons par commander un démarreur sur E-Bay. Que ne ferions-nous pas sans tous les moyens qu’offre le net de nos jours ! La livraison est prévue entre le 23 et le 25 avril. Nous sommes remis à l’eau et halés jusqu’au ponton par la sympathique équipe la marina qui fait de son mieux pour nous faciliter la vie. Et nous attendons avec fébrilité la livraison de la pièce, tout en surveillant de près la météo qui n’offre pas grand choix de créneau de traversée vers les Bermudes : c’est le 25 au plus tard, des fronts froids se succédant à nouveau sur le secteur.




Nous parvenons à récupérer la pièce après maintes péripéties, le 25 en début d’après-midi. La poste d’état USPS est à peu près aussi efficace qu’en France, mais heureusement les employés sont plutôt dévoués, comme chez nous finalement. Le livreur sensé avoir la clé du chantier (fermé le samedi) pour déposer les colis, est en vacances et sa remplaçante ne l’a pas. Nous devons aller au bureau de poste réclamer et recourir à la marina à une vingtaine de minutes de marche car la préposée nous y relivre le colis. Enfin bref, le démarreur est installé par mon brillant mécanicien, et ça finit par démarrer. Hourra !


Nous larguons les amarres à 17 heures, passons à la station de gasoil et empruntons le « St Augustine Inlet » (passe d’accès à la mer) vers 18h30. En route vers le Bermudes !

Les premières 24 heures sont bien agréables, poussés par un bon vent portant, puis le vent tourne au Nord, (encore un front !) et fraîchit. Nous passons 24 heures au près bon plein avec deux ris, un carré de génois et essuyons des rafales à 30 nœuds ou plus (l’anémomètre ne fonctionne plus, c’est au jugé !). Nous sommes encore dans le Gulf Stream, ce qui nous arrange, car le courant compense un peu la dérive et redresse notre cap ; mais malheureusement cela lève la mer, qui devient assez agressive dans l’après-midi du 27. Deux déferlantes claquent sur le bateau qui comme d’habitude encaisse sans broncher, mais nous n’aimons pas trop cela. On a toujours peur de casser quelque chose. J’étais à deux doigts de dire : « Tant pis on part au portant pour mieux négocier les vagues », mais la mer et le vent se sont un peu calmés et nous avons pu continuer. Heureusement que nous n’étions pas dans la veine la plus intense du courant car la mer devait y être vraiment mauvaise !
Le 27 avril, le vent se calme enfin, nous pouvons nous reposer. Si le bateau encaisse bien les mers furieuses, l’équipage un peu moins ! Nous enchainons ensuite les périodes de vent portant, avec plus de 24 heures voiles en ciseaux sans aucune manœuvre ; et les calmes au moteur. C’est d’ailleurs lors d’un de ces calmes, qui sont finalement encore plus stressants pour le matériel que les vents forts, les voiles battants au gré de la houle ; que la bôme se désolidarise du mat. La goupille qui fixe l’axe de rotation de la bôme sur le vit mulet, a fini par s’user et lâcher. Nous passons plus d’une heure à refixer tout cela à grand renfort de bouts en tous sens pour stabiliser la bôme.
Nous profitons des beaux spectacles de la pleine mer avec ces levers et couchers de soleil que l’on ne voit que là. Nous admirons dans la tempête de magnifiques arcs-en-ciel au sortir d’un grain.
Nous finissons la traversée le 2 mai, au près avec une quinzaine de nœuds de vent. Nous atteignons Les Bermudes à la tombée de la nuit, et comme St George, le port d’entrée, se situe à l’Est de l’île, nous devons encore remonter toute la côte pour y parvenir. Nous entrons par l’étroite passe « Town Cut » à 23 heures locales et pensons mouiller et, enfin, dormir au calme.


Mais c’est compter sans les douaniers bermudiens. Il nous faut dès ce soir, gonfler l’annexe et la mettre à l’eau afin de faire nos formalités. Ceux qui ont déjà navigué avec nous savent que ce n’est pas une petite affaire. L’annexe est dégonflée, emballé dans une housse et arrimée sur le pont. J’entends d’ici notre ami Daniel râler en disant que c’est un sacré «b…l». Je vous passe l’opération dans le noir et l’humidité, et la traversée du chenal dans l’obscurité à la recherche du poste de douane. Nous terminons tout ce cirque à 1 heures du matin où nous allons enfin nous coucher, non sans avoir arrosé cela avec un petit shot de vieux rhum.
Notre escale aux Bermudes sera courte : 4 à 5 jours. Le temps des sempiternelles lessives, de faire un avitaillement pour la quinzaine de jours de traversée qui nous attendent et de profiter de cette ambiance locale si british.
L’atmosphère aux Bermudes est très particulière et sympathique. Tout d’abord l’ambiance, comme je disais, si british ; on se croirait dans une île anglaise (ce qui est le cas me direz-vous) avec des maisons toutes colorées de teintes pastel, avec des toits peints de blanc et leurs jardinets fleuris. Une église jamais terminée en tuf volcanique gris, la « Unfinished Church » qui se dresse sur les hauteurs de St George, affiche un style bien britannique.








Les habitants sont extrêmement accueillants, polis et souriants. Nous nous imprégnons de l’ambiance cosy des pubs et dégustons bières et « Fish and Chips ». Les Bermudes sont une escale sur la traversée de retour vers l’Europe des nombreux voiliers qui rentrent chez eux après une ou deux années sabbatiques à profiter des Antilles. Aussi entend-t-on parler français, néerlandais ou allemand à tous les coins de rue. C’est autour des machines de la laverie que s’échangent récits de voyage, conseils, avis pour une date de départ pour la traversée vers les Açores. Nous faisons notamment la connaissance de Sylvia et Francis un couple italiano-brésilien très sympathique. Francis parle français, anglais couramment. Nous partageons nos interrogations sur la route à suivre et la date de départ car la météo se révèle bien capricieuse
Nous sommes arrivés aux Bermudes un peu avant un passage de front froid qui amène une journée de vent fort et un net refroidissement de l’air. La température ne dépasse pas les 18°C et le soleil ne se montre pas beaucoup, cela nous réhabitue progressivement au temps breton et je ressors les gros pulls et autres vêtements chauds rangés dans les cales en prévision de la traversée retour. Adieu les tropiques !




Finalement la date de départ est fixée au 7 mai. Nous pensions faire au début une route sur la même latitude puis obliquer vers le nord à mi-chemin car des fronts devaient passer et nous voulions éviter des vents trop forts. Et finalement la veille du départ, les prévisions ont brusquement changé : un anticyclone semble vouloir s’installer sur notre route nous obligeant à monter au Nord tout de suite afin de le contourner, si nous voulons avoir du vent. Nous avons approvisionné un peu plus de gasoil en bidons. Et nous nous en remettons à Eole !….







